—Peut-être ne viendra-t-elle pas, continua Tancrède de l'air le plus naturel. Je l'ai vue ce matin, elle a plusieurs personnes à dîner chez elle aujourd'hui, elle ne sera sans doute libre que fort tard.
Et Tancrède s'établit dans la loge comme si madame de D*** lui avait dit de l'y attendre; et, pour mieux expliquer sa présence, il parla d'elle comme s'il la connaissait intimement.
Madame Blandais soutenait la conversation. Clarisse ne disait rien, elle écoutait parler Tancrède, sa voix lui plaisait tant! son accent avait quelque chose de doux et de loyal qui la rassurait.
—Madame de D*** est une femme charmante! disait madame Blandais; si belle, si gracieuse!
—Elle est ravissante, reprenait Tancrède avec enthousiasme, pleine d'esprit, d'instruction; c'est une personne très-distinguée.
Tout cela ne l'amusait à dire que parce qu'il n'en savait rien; il n'avait jamais vu madame de D*** que le jour où il était allé en fraude chez elle; il pouvait la trouver belle, puisqu'il l'avait vue, mais il ne pouvait louer son esprit qu'au hasard.
Il allait continuer et inventer encore d'autres qualités à madame de D***, lorsqu'il jeta les yeux sur Clarisse; l'expression pénible de son visage l'arrêta, il comprit le sentiment de jalousie qui l'avait fait soudain pâlir; et, pour détruire le fâcheux effet des éloges qu'il prodiguait à madame de D***, il ajouta:
—Malheureusement, nous allons bientôt la perdre, elle retourne en Italie dans huit jours.
Ces mots furent magiques; les joues de Clarisse devinrent roses de plaisir, un sourire involontaire éclaira ses traits.
—C'est une mauvaise nouvelle que vous donnez à ma fille, dit madame Blandais, qui n'avait pas suivi ce drame muet; madame de D*** est sa seule protectrice à Paris, son absence nous fera grand tort.