Et il s'éloigna bien vite, car il avait peur de lui.
Clarisse vit sortir Tancrède par la porte comme un être réel, non plus comme un fantôme. Ses yeux le suivirent avec amour.
Dès qu'elle fut seule, elle se mit à sauter de joie comme un enfant.
—Tout cela est donc vrai? s'écria-t-elle.
Et la joie enivrait son cœur.
Avant de se coucher, elle regarda encore autour d'elle, dans la chambre, pour voir s'il était tout à fait parti... mais réellement il n'était plus là.
Un mois après il y revint—non plus comme un être invisible, mais comme un mari adoré qu'elle devait voir auprès d'elle toujours.
Madame Blandais fut éblouie de ce brillant mariage, qu'elle attribua au talent de sa fille, et qui n'était dû qu'à la merveilleuse canne de M. de Balzac.
La célébrité n'avait fait valoir que le génie naissant de Clarisse; la canne bienfaisante avait fait connaître la pureté de sa vie, la simplicité de son cœur, le charme de son caractère.—La canne, bien au contraire, avait réparé le tort que la célébrité lui avait fait—elle avait appris à Tancrède que les âmes qui se conservent pures dans le monde, sont celles qui vivent d'illusions; et que, si la célébrité est un flambeau qui jette trop d'éclat sur la vie, la poésie du moins est un saint voile qui couvre et préserve le cœur. Bienheureux, ceux qui sont poëtes! bien malheureux qui ne l'est plus!
Tancrède emmena sa jeune femme à Blois, chez sa mère. Clarisse quitta Paris sans regrets; elle oublia les succès qu'elle y pouvait obtenir; ses vœux avaient été comblés au delà de ses espérances. À Paris, elle n'était venue chercher que la gloire... elle y avait trouvé le bonheur.