Tancrède, après bien des travaux, parvint dans l'antichambre; là il lui fallut encore s'arrêter.

Un énorme tapis roulé obstruait le passage, derrière ce tapis se trouvait la grande table de la salle à manger crénelée de toutes ses chaises; cela formait un assez gracieux édifice; puis de côté et d'autre, encore des banquettes, puis un marchepied, un guéridon couvert de porcelaines, puis des jardinières en bois de palissandre attendant des fleurs, puis des candélabres attendant des bougies, puis un dessus de table en marbre, puis des paillassons, des pelles, des pincettes, des tabourets, des soufflets et une cafetière dite du Levant.

Tancrède traversa ce chaos sans malheur, il parvint jusqu'à la salle à manger.

Nouvelles difficultés.

Dans la salle à manger—se débattaient les meubles du salon: consoles, canapés; causeuses, fauteuils, bergères, divans; puis venaient les objets précieux: pendule avec son verre toujours menacé, vases de fleurs si beaux qu'on n'y met point de fleurs; buste d'oncle général, toujours ressemblant; table à ouvrages, coffres à ouvrages, et puis le piano. Toutes ces choses tenant avec peine dans la salle à manger, le désordre était à son comble.

Tancrède croyait planer sur les débris du monde comme un autre Attila. Jamais il n'était venu dans une administration de ce genre, il s'imagina que tous ces meubles avaient été sauvés de quelque incendie la veille, et qu'ils étaient là déposés jusqu'à ce que leur propriétaire se fût trouvé une autre demeure.

Il regardait, escaladait une rangée de chaises, tournait un énorme canapé comme on tourne une montagne, rencontrait sur sa route beaucoup de choses, mais il ne voyait personne.

—Monsieur Poirceau? demanda-t-il une seconde fois.

—Par ici, par ici! cria une voix lointaine.

Tancrède ne voyait encore rien.