L'âge où l'on danse, mais où l'on n'ose pas valser—c'est le printemps.

L'âge où l'on danse, où l'on valse—c'est l'été.

L'âge où l'on danse encore, mais où l'on préfère valser—c'est l'automne.

Enfin, l'âge où l'on ne danse plus—c'est l'hiver... l'hiver toujours rigoureux de la vie.

Madame Poirceau était belle selon les principes de l'art, laide selon les lois de l'amour.

Belle en ce que ses traits étaient d'une parfaite régularité; laide en ce qu'ils manquaient d'harmonie.

Elle avait de ces visages superbes à raconter et point du tout à regarder; cette beauté de passe-port qui séduit le vulgaire, yeux grands, nez aquilin, bouche petite, front haut, visage ovale, menton rond.—Pour se faire aimer par ambassadeur, comme les princesses, madame Poirceau aurait pu envoyer son signalement, mais pas son portrait.

N'importe; c'est ce qu'on appelle une belle femme, une poupée parfaite, à ressorts invisibles, une figure de cire, impassible, invulnérable, jamais défrisée, jamais déshabillée;—toujours parée, serrée, pincée, corsée,—pas un cheveu qui voltige, pas un ruban qui folâtre—madame Poirceau ne s'assied jamais que sur une chaise; elle semble parée dans sa robe de chambre, cuirassée dans sa douillette, armée dans sa robe de bal. Elle suit toutes les modes—avec goût, avec plaisir?—non, mais avec conscience. Son coiffeur est le premier coiffeur de Paris, Charpentier, je crois, et quelle que soit la coiffure qu'il a plu à Charpentier de lui faire, elle la respecte, elle se garderait bien d'y toucher. Cette coiffure lui est désavantageuse?—qu'importe! cela ne la regarde pas; cette guirlande est lourde?—qu'importe! elle n'en est pas responsable; une épingle lui entre dans la peau?—qu'importe! elle y reste, l'ôter dérangerait la coiffure.

Même respect pour la couturière. Je vous l'ai dit, madame Poirceau suit les lois de la mode aveuglément, les lois du monde scrupuleusement, les lois de la nature raisonnablement. Elle est sévère, mais point méchante; elle ne sourit que les jours où elle donne un bal; elle dit d'un air pédant que les femmes ne doivent point s'occuper de littérature; elle parle ménage comme un professeur; elle a l'esprit lent, et regarde comme un mot inconvenant toute plaisanterie qu'elle ne comprend pas. Sa présence jette un grand froid partout où elle vient; son arrivée fait l'effet d'une porte qu'on ouvre dans une loge au spectacle. Quand elle doit passer la soirée chez une amie, cette amie en prévient ses habitués; ils ne viennent pas ce soir-là. Les hommes la craignent comme l'ennui, les femmes l'appellent: la belle madame Poirceau. Elle fait valoir les plus laides; pourtant on l'invite rarement, non qu'elle soit importune; elle ne s'occupe jamais des affaires des autres; elle est discrète et immobile: c'est une statue—mais une statue à qui il faut faire des politesses; c'est ennuyeux.

Eh bien! ces femmes-là font les mêmes folies que les autres! c'est révoltant!