—Trop beau, mon cher, trop beau; il a eu peur pour sa fille.
—Mais c'est absurde, tout cela! s'écria Tancrède hors de lui.
—Non pas, cela est fort prudent, et à sa place j'aurais fait comme lui. Mais écoutez, je m'intéresse à vous. Achille Lennoix, ce jeune ingénieur qui vient d'obtenir la concession d'un chemin de fer de Paris à Saint-Quentin, m'a demandé quelqu'un; celui-là est jeune, il n'a point de femme, point de fille à marier, et je crois que vous ferez son affaire. Je lui ai écrit cette lettre pour vous, portez-la-lui de ma part, et vous serez bien reçu. Adieu, mon beau jeune homme, ne perdez point courage, et ne vous en prenez qu'à la nature des difficultés que vous rencontrez, elle a été trop prodigue envers vous; tout se paie dans la vie. Au revoir, j'espère, et mille regrets.
Ce fut ainsi que Tancrède, refusé pour la seconde fois, se sépara du bon M. Poirceau, directeur de la compagnie d'assurances contre l'incendie.
[IV]
TROISIÈME ESPÉRANCE
M. Achille Lennoix était un homme plein d'imagination et d'activité, et toujours la proie de ses idées; il avait un coup d'œil prompt; il se décidait vite, et au risque de se tromper; car il prétendait qu'on perd moins de temps à commettre et à réparer une erreur qu'à hésiter entre deux combinaisons et à choisir le meilleur parti à prendre. Il avait tant travaillé, tant sollicité depuis un mois, pour obtenir cette concession d'un chemin de fer de Paris à Saint-Quentin, qu'il était tombé malade—et, comme il était horriblement contrarié d'être malade quand une si grande affaire le réclamait, à force de se tourmenter, il se mettait hors d'état de guérir.
Tancrède entra chez lui. M. Lennoix le regarda rapidement des pieds à la tête, causa quelques minutes avec lui—et puis sa résolution fut prise.
—C'est l'homme qu'il me faut, pensa-t-il. Il a bonne façon, ce garçon-là; il va nous faire honneur: on verra que nous n'employons pas que des maçons.