il dit.

Et le lendemain—lorsque le pauvre Tancrède se présenta chez M. Poirceau pour s'emparer de son nouvel emploi, le respectable directeur de la compagnie d'assurances contre l'incendie le reçut avec mélancolie, et, l'ayant regardé tristement comme un ami qu'il faut quitter, lui tint à peu près ce langage:

—Mon cher monsieur Dorimont, vous voyez un homme désolé; il m'est impossible, de toute impossibilité, de vous donner la place que je vous avais promise. J'en suis vraiment bien contrarié; vous me plaisiez tant! tout ce que je savais de vous me parlait en votre faveur. Mais j'ai dû céder, j'ai dû me rendre; ma femme est une femme raisonnable, très-raisonnable, voyez-vous; elle n'est pas de ces évaporées qui aiment à traîner à leur char de beaux élégants, des muscadins, des gants jaunes, comme on dit aujourd'hui. Non, c'est une femme simple, qui ne cherche point à briller, et je ne vous cacherai point que votre extrême beauté l'a effarouchée.

Tancrède, à ces mots, fit un mouvement de surprise; il y pensait si peu à sa beauté! et à madame Poirceau encore moins!

—«Il n'est pas convenable, m'a-t-elle dit ce matin, continua cet excellent directeur de la compagnie d'assurances contre l'incendie, il n'est pas convenable qu'un si bel homme entre chez nous, cela ferait jaser; avec un mari vieux et infirme, une femme ne doit point admettre dans sa maison un jeune homme d'une beauté si remarquable, cela serait aller au devant des propos, cela jetterait sur vous du ridicule, et je ne le souffrirai jamais.» Que pouvais-je répondre à cela? rien; tout cela était juste, et il a fallu me soumettre. Les femmes, mon cher, ont souvent plus de tact que nous; et toutes ces choses qui ne m'avaient point frappé, moi, lui ont sauté aux yeux tout de suite. Que voulez-vous? chaque avantage a son inconvénient; c'est un avantage que la beauté, mais c'est un malheur quelquefois.

Tancrède ne répondit rien. Ce vieux bonhomme, qui lui parlait depuis un quart d'heure de sa beauté, commençait à l'ennuyer—et puis toutes ses espérances renversées pour une si misérable cause! il y avait de quoi se dépiter.

—On est étonné, continua M. Poirceau, de découvrir que les gens sont à plaindre, précisément pour ce que l'on serait tenté de leur envier: il faut encore que je vous fasse un aveu.

—Allons, pensa Tancrède, qu'est-ce qu'il va m'avouer, à présent?

—M. Nantua, chez qui vous êtes allé l'autre jour, qui vous a si bien recommandé à moi, a renoncé à l'idée de vous admettre chez lui pour le même motif.

—Comment! il me trouvait...?