—Oui, en effet, il est bien.
—Bien, bien; mais il est admirable! je n'ai jamais vu un aspect plus séduisant, des traits plus distingués, une physionomie plus expressive: grâce, noblesse, finesse, il réunit tout!
—Ah! mon Dieu! comme vous vous enflammez, ma mère, dit M. Lennoix en riant; en vérité, je crois que vous voulez l'épouser.
À ces mots, madame Lennoix devint rouge, rouge comme une jeune fille.
Or, connaissez-vous rien de plus pénible, de plus triste pour une personne qui a de la délicatesse dans le cœur, que d'avoir fait rougir sa mère?
M. Lennoix fut d'abord affligé d'avoir causé de l'embarras à une femme qu'il respectait; mais ensuite cette rougeur singulière l'alarma.
Il avait fait une mauvaise plaisanterie, sans nulle idée qu'elle pût s'appliquer aux pensées de madame Lennoix; mais cette rongeur, l'émotion qu'il regardait dans les yeux de sa mère, tout cela lui inspirait, la crainte d'un événement auquel il n'avait jamais songé. Un autre incident vint encore le décider dans ses terreurs.
La sœur de madame Lennoix entra.
—Mon neveu, dit-elle, quel est ce jeune homme qui sort de chez vous et que je viens de rencontrer dans la cour? Quelle tournure! quel beau visage! jamais je n'ai rien vu de si admirable! Champmartin doit venir dîner après-demain chez moi; il faut absolument, ma sœur, que tu m'amènes ce jeune homme; il y a de quoi tourner la tête à un peintre! c'est à se mettre à genoux!
—Allons, bien! voilà ma tante qui s'en mêle, pensa M. Lennoix.