—Est-ce que tu ne l'as pas vu, ma sœur?

—Si vraiment, répondit madame Lennoix toute troublée... Mon fils l'a à peine remarqué.

—Mon neveu a la berlue, en ce cas! s'écria la tante, qui avait aimé un artiste dans sa jeunesse;—il faut être privé de sens pour ne pas voir que c'est le plus bel homme de Paris, du monde entier! Raphaël, Carlo Dolci, Le Poussin, Murillo, n'ont pas, dans tous leurs chefs-d'œuvre, un type comme celui-là. Pour moi, je n'ai jamais vu une plus belle tête!

Madame Lennoix ne disait rien, elle restait émue, elle était modeste: c'était son beau jeune homme,—à elle qui l'avait admiré la première. Ce n'était plus à elle qu'il appartenait de le louer. Ne lui avait-elle pas offert dans sa pensée son cœur, sa fortune et sa main?... Elle attendait qu'il voulût bien répondre; maintenant, la délicatesse exigeait qu'elle ne se mêlât plus de rien.

Le fils, au regard d'aigle, pénétra dans l'âme de sa mère. En un moment, tous ces fléaux lui apparurent: mariage absurde, fortune partagée, tyrannie d'un beau-père, procès, querelles, déménagement, séparation, enfants, peut-être! petits frères très-mal venus, larmes, ruine, drames intérieurs, scènes de famille, ennuis de tous genres...

Et sa résolution fut prise au même instant.

Et le soir même, lorsque Tancrède rentra dans sa demeure pour faire sa toilette, on lui remit un billet de la part de M. Lennoix.

La fièvre avait repris au jeune malade, disait la perfide lettre, et le médecin exigeait impérieusement le plus grand repos; il ne pouvait donc pas songer à reprendre ses travaux de fort longtemps.

Quelques jours après, Tancrède alla s'informer des nouvelles de M. Lennoix. Le portier répondit que M. Lennoix allait beaucoup mieux, et qu'il était sorti.

Tancrède aperçut à la fenêtre madame Lennoix, leurs yeux se rencontrèrent... il devina tout.