[VI]
PRÉOCCUPATIONS
Tancrède rentra chez lui à moitié consolé de ses malheurs. Les distractions ont cela d'agréable, si elles ne chassent pas le chagrin, elles le vieillissent, du moins; les événements même indifférents, que l'on met entre la mauvaise nouvelle du matin et le soir, la reculent presque d'une année; alors c'est un vieil ennui dont on ne daigne plus souffrir. Notre imagination ressemble à nos domestiques, qui, pour nous apaiser quand nous leur montrons une chose cassée, nous répondent avec sang-froid. «Oh! il y a déjà bien longtemps!» C'est absurde, et pourtant cela nous console aussitôt.
Tancrède avait oublié madame Lennoix, son fils et tous les chemins de fer imaginables, préoccupé qu'il était de l'Opéra, de M. de Balzac, de sa canne, et puis de sa nouvelle conquête.
—Ce n'est pas toujours un malheur d'être beau, se disait-il, puisque... car enfin... cette femme ne me connaît pas, et si... eh bien! c'est sur ma bonne mine.
Il se coucha et s'endormit. Au milieu de la nuit, il s'éveilla. Il était agité; il ne pouvait s'expliquer ce qui le tourmentait. Il pensait, il pensait, il pensait vite et malgré lui.
À cette jolie femme qui voulait l'aimer?
Non, ce n'était pas un rêve d'amour.
À madame Lennoix qui voulait l'épouser?