—Le roi sait-il?... dit un des ministres.

—Que je suis fou! pensa aussitôt Tancrède, c'est le roi; comment n'ai-je pas deviné cela tout de suite? je devais pourtant bien m'attendre à trouver le roi ici.

Le roi, peu d'instants après, s'assit devant la table, et les ministres prirent chacun leur place au conseil.

Tancrède était singulièrement embarrassé, combattu entre la curiosité d'écouter tout ce qu'on allait dire et la honte de commettre un espionnage indigne de lui.

Enfin, il capitula avec sa conscience.

—L'espionnage, se dit-il, consiste à répéter, et non pas à savoir.

Et il se disposa à écouter.

Par malheur, en se promenant dans l'hôtel du ministère, il avait eu froid. Ce froid avait réveillé un gros rhume qu'il combattait depuis huit jours et qui semblait l'avoir oublié un moment. C'était un de ces beaux rhumes qui font scandale au spectacle et à l'Académie, une de ces toux opiniâtres qu'on appelle quintes pendant toute la première jeunesse, mais qui, vers la fin de la vie, sont respectées sous le nom plus imposant de catarrhes.

Tancrède lutta d'abord avec la quinte ennemie, il étouffait et suffoquait; bientôt le combat devint impossible, il toussa, il toussa hardiment, et se livra à toute la frénésie de son rhume.

Le roi était occupé à lire, il parcourait, un travail qu'un des ministres venait de lui remettre; il ne leva pas les yeux, mais il entendit cette toux effroyable et il ne douta pas qu'elle n'appartînt à un de ses ministres. Jugeant un homme de guerre, épuisé par de nombreuses campagnes, plus capable d'en être le propriétaire que les autres ministres plus jeunes que lui, il s'adressa au ministre de la guerre, et lui dit avec bonté: