—Vous avez là de jolis flambeaux, madame, mais je remarque sur ces étagères plusieurs choses du même genre, ces vases, ces flacons; vous aimez donc beaucoup les Chinois, madame?

Ce mot de Chinois est en possession de faire rire depuis des siècles, on ne sait pourquoi; mais prononcé d'une manière si pédante, à cette heure et dans la situation romanesque où se trouvait Malvina, ce mot était irrésistible, elle ne put l'entendre sans rire. Tancrède, la voyant moins sévère, ajouta:

—Vous n'avez jamais réfléchi, madame, à cette préférence qui vous entraîne, à votre insu, vers le Chinois?

—Non, monsieur, répondit-elle, il fallait qu'un homme vînt à cette heure, chez moi, malgré moi...

Elle ne put achever, et se mit à rire franchement.

—Ah! vous vous moquez de moi, dit-il avec grâce, et vous avez raison.

Mais en disant cela, il se rapprocha d'elle et voulut lui prendre la main; elle la retira vivement.

—Non, laissez-moi, dit-elle, je vous en veux; je ris, parce que cette situation est ridicule, et que vous me dites des folies; mais sérieusement votre conduite me fâche, et je regrette la confiance que j'avais en vous.

Pauvre femme! ces paroles étaient une grande faute, car elles ramenaient la conversation et toutes les pensées vers l'amour. Quand on est fâché contre un homme qu'on aime, c'est une très-grande faiblesse que de lui parler de ses torts; c'est risquer qu'il se justifie; et c'était une grande imprudence pour une si jeune femme que de s'exposer à écouter les excuses d'un si beau jeune homme, à deux heures et demie du matin. Un pardon accordé à cette heure est bien vite un crime pour tous deux.

Hélas! il se justifia—par la seule excuse qui explique de semblables imprudences, par trop d'amour; et c'est une bien bonne excuse près d'une femme! Il demanda pardon si humblement, qu'on n'osa plus lui en vouloir. Il était si malheureux d'avoir déplu, qu'il fallut bien le consoler.