DEUXIÈME ÉPOQUE

1659—1664

COMÉDIES DE MŒURS.—IMITATION DU DRAME HÉROÏQUE ESPAGNOL.

V.1659.LES PRÉCIEUSES RIDICULES.
VI.1660.SGANARELLE, ou LE COCU IMAGINAIRE, imitation de l'italien.
VII.1661.DON GARCIE DE NAVARRE, imitation de l'espagnol.
VIII.1661.L'ÉCOLE DES MARIS.
IX.1661.LES FACHEUX.
X.1662.L'ÉCOLE DES FEMMES.
XI.1663.LA CRITIQUE DE L'ÉCOLE DES FEMMES.
XII.1663.L'IMPROMPTU DE VERSAILLES.
XIII.1664.LE MARIAGE FORCÉ.
XIV.1664.LA PRINCESSE D'ÉLIDE, imitation de l'espagnol.

LES PRÉCIEUSES RIDICULES
COMÉDIE

REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS A PARIS, LE 18 NOVEMBRE 1659, SUR LE THÉATRE DU PETIT-BOURBON.

Le règne de Louis XIV commençait; le succès de l'Étourdi et du Dépit amoureux venait de fixer à Paris la troupe de Molière, dont la réputation grandissait. La salle du Petit-Bourbon, au Louvre, était souvent pleine; on admirait le jeu comique de Mascarille et de ses camarades. Néanmoins le nouveau maître de la scène ne se détachait guère de ses prédécesseurs et de ses rivaux que par une verve plus spirituelle et plus nourrie, par une ironie plus goguenarde et plus gauloise, mêlée encore de caprices italiens et de souvenirs espagnols. Nulle attaque directe aux travers contemporains ne signalait le réformateur des mœurs et le souverain des esprits.

Le 18 novembre 1659, le roi étant à Irun, d'où il devait ramener sa fiancée, Marie-Thérèse d'Autriche, les Précieuses ridicules furent jouées par la troupe de Molière devant la cour et la bourgeoisie. L'œuvre nouvelle produisit un effet surprenant. On n'avait pas encore vu sur le théâtre une farce en un acte et en prose dans le genre des saynètes espagnoles, écrite du plus vigoureux style, d'une vérité poignante, d'une naïveté parfaite et d'une exquise finesse de ton. Dès la première scène l'originalité éclatait. Deux nouveaux acteurs, La Grange et du Croisy, qui s'étaient joints récemment à la troupe de Molière, faisaient leur entrée sous leur propre nom, et se présentaient d'eux-mêmes au public. Ensuite apparaissait le vieux bourgeois, gonflé de sa fortune, fier de sa roture, mécontent de sa famille, qui tourne au bel esprit, pressé surtout de marier ses filles, qui dépensent en frivolités son revenu péniblement acquis. Les voici elles-mêmes, superbement ornées et semblables à mademoiselle Paulet la Lionne de Voiture; avec force rubans, fleurs et dentelles, «se démontant les hanches,» dit un contemporain, pour imiter la belle désinvolture andalouse, et ne parlant que du bout des lèvres avec un rhythme musical, emprunté de l'Italie. Les deux «Pecques provinciales» sont récemment débarquées dans la capitale, où elles viennent se faire admirer du beau monde. Madame de Rambouillet elle même, la reine des Précieuses, qui assiste à la représentation avec sa cour, partage la gaieté générale. Assurément ce n'est pas elle que l'on raille, mais ses ridicules imitatrices; celles qui représentent l'excès, l'afféterie du goût italico-espagnol.