GORGIBUS, les battant.
Oui, oui, je vais vous contenter, et voici la monnoie dont je vous veux payer. Et vous, pendardes, je ne sais qui me tient que je ne vous en fasse autant; nous allons servir de fable et de risée à tout le monde, et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances. Allez vous cacher, vilaines, allez vous cacher pour jamais! (Seul.) Et vous, qui êtes cause de leur folie, sottes billevesées, pernicieux amusemens des esprits oisifs, romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes, puissiez-vous être à tous les diables!
FIN DES PRÉCIEUSES RIDICULES.
SGANARELLE
OU LE COCU[286] IMAGINAIRE
COMÉDIE
REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS A PARIS, LE 23 MAI 1660 SUR LE THÉATRE DU PETIT-BOURBON
Six mois se sont écoulés depuis la représentation et le succès des Précieuses. Molière a trente-huit ans. Le roi le protége. Marquis, partisans de Hardy et de Garnier, grands hommes des ruelles, ont beau l'attaquer et le combattre, la bourgeoisie, la jeunesse et le roi marchent avec lui.
Cependant il faut faire vivre une troupe de douze personnes dévouées qui ont suivi sa fortune et dont il est l'unique soutien.
La cour n'est pas revenue encore des frontières d'Espagne, où Louis XIV va chercher sa fiancée, Marie-Thérèse d'Autriche, compagne de son trône et de sa couche royale, qui ne put jamais apprendre notre langue ni s'associer à nos mœurs. L'été va commencer. Le beau monde a quitté Paris; Monsieur, frère du roi, protecteur en titre de la troupe qui porte son nom, ne paye point aux acteurs la pension promise. On est embarrassé; la petite république formée des mains de Molière est en danger dès sa naissance.