LES FACHEUX[53]
COMÉDIE-BALLET
REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS, A VAUX, LE 16 AOÛT 1661; DEVANT LA COUR, A FONTAINEBLEAU, LE 27 AOÛT 1661; ET SUR LE THÉATRE DU PALAIS-ROYAL, A PARIS, LE 4 NOVEMBRE 1661.
Mazarin a cessé de vivre. Le gouvernement du jeune roi s'établit. La cour s'organise; tout se concentre autour du trône. Savants, courtisans, guerriers, coquettes, gens d'intrigue, saluent à l'envi la grande étoile monarchique qui se lève. «N'ayez plus de premier ministre,» avait dit Mazarin à Louis XIV. C'était bien ce que se proposait le monarque.
Une seule autorité, celle de Fouquet, pouvait tenir en échec l'autorité souveraine. Sa ruine fut résolue, non-seulement, comme le dit Louis XIV lui-même, «parce qu'il continuoit des dépenses excessives, fortifioit des places et vouloit se rendre l'arbitre souverain de l'État,» mais pour avoir brigué, à prix d'or, le cœur de mademoiselle de la Vallière; étourdi, généreux, d'un esprit facile et prompt à se flatter, il ne se doutait pas qu'on devait l'arrêter au milieu de la grande fête qu'il allait donner, le 16 août 1661, dans sa maison de Vaux. Il ne songeait qu'à éblouir la France et la cour; sa magnificence rendit ses ennemis implacables et le roi irréconciliable.
Lebrun fut chargé de peindre les décorations, Torelli de disposer les machines; Molière, devenu l'homme indispensable, depuis le succès de l'École des Maris, de Sganarelle, et des Précieuses, reçut l'ordre de composer la pièce et de la faire représenter. On lui donna quinze jours pour cela. Au fond d'une allée de sapins éclairée par mille flambeaux, au milieu d'autres larges allées
«Dignes d'être des dieux foulées,
»De marbres extrêmement beaux,
»De fontaines et de canaux,
»De parterres, de balustrades;
»De rigoles, jets d'eau, cascades,
»Au nombre de plus d'onze cents,»
la comédie des Fâcheux fut représentée. L'ordre secret d'arrestation lancé contre le surintendant fut suspendu; et l'on alla, dit encore le journaliste,
«. . . sous une feuillée
»Pompeusement appareillée,
»Où, sur un théâtre charmant,
»Dont à grand peine un Saint-Amant
»Un peu Ronsard, un peu Malherbe,
»Figureroit l'aspect superbe
»(Sur ce théâtre, que je dis,
»Qui paraissoit un paradis),
»Fut, avec grande mélodie,
»Récitée une comédie,
»Que Molière, esprit pointu,
»Avoit composée impromptu.»