s'écrie un contemporain, écho du public lui-même;
»Et qui pourroit ne l'aimer pas?
»Sans rien toucher de sa coiffure
»Et de sa belle chevelure,
»Sans rien toucher de ses habits,
»Semés de perles, de rubis,
»Et de toute la pierrerie
»Dont l'Inde brillante est fleurie,
»Rien n'est si beau ni si mignon!
»Et je puis dire, tout de bon,
»Qu'ensemble amour et nature
»D'elle ont fait une miniature,
»Des appas, des grâces, des ris,
»Qu'on attribuoit à Cypris!»
Vingt et une représentations successives prouvent suffisamment que l'ouvrage ne fut pas repoussé absolument. Mais, après la vingt et unième, il fallut en suspendre la représentation. Ce ne fut qu'au mois de septembre, un mois et demi plus tard, que la reprise du Misanthrope eut lieu, et il fallut la soutenir par le Médecin malgré lui qui avait déjà onze représentations. Il est facile d'en conclure que le monument le plus sérieux et le plus exquis que Molière ait laissé après lui n'était apprécié que des connaisseurs, non du parterre.
A peine les plus grands critiques et les meilleurs philosophes s'accordent-ils sur le vrai sens de l'œuvre et de sa légitimité. A peine les acteurs eux-mêmes, héritiers de la tradition dramatique, peuvent-ils s'entendre sur le caractère du héros, dont les uns font un bourru quinteux, les autres un homme hypocondriaque et maladif, quelques-uns simplement un personnage mal élevé.
Le Misanthrope ne sera jamais bien exécuté sur la scène que si l'on réalise et reproduit tout l'intérieur domestique du grand monde sous Louis XIV; si l'on fait reparaître vivants, avec leurs costumes mêmes, dans le salon orné de meubles qu'avait choisis Ninon, l'éclatant Lauzun, l'aimable de Guiche, Arsinoé, qui sera madame de Maintenon, et Molière lui-même, l'homme «aux rubans verts,» véhément, sérieux, méditatif, le philosophe dans le monde, celui qui ne sait pas se modérer dans le désir du bien.
Qui non retinuit ex sapientia modum.
| PERSONNAGES. | ACTEURS. | ||
| ALCESTE, amant de Célimène. | Molière. | ||
| PHILINTE, ami d'Alceste. | La Thorillière. | ||
| ORONTE, amant de Célimène. | Du Croisy. | ||
| CÉLIMÈNE. | Arm. Béjart. | ||
| ÉLIANTE, cousine de Célimène. | Mlle Debrie. | ||
| ARSINOÉ, amie de Célimène. | Mlle Duparc. | ||
| ACASTE, | } | marquis. | La Grange. |
| CLITANDRE, | |||
| BASQUE, valet de Célimène. | |||
| UN GARDE de la maréchaussée de France. | Debrie. | ||
| DUBOIS, valet d'Alceste. | Béjart. | ||
| La scène est à Paris, dans la maison de Célimène. | |||