HARPAGON.
Il faut voir cela. Mais, Frosine, il y a encore une chose qui m’inquiète. La fille est jeune, comme tu vois; les jeunes gens, d’ordinaire, n’aiment que leurs semblables, et ne cherchent que leur compagnie; j’ai peur qu’un homme de mon âge ne soit pas de son goût, et que cela ne vienne à produire chez moi certains petits désordres qui ne m’accommoderoient pas.
FROSINE.
Ah! que vous la connoissez mal! C’est encore une particularité que j’avois à vous dire. Elle a une aversion épouvantable pour les jeunes gens, et n’a de l’amour que pour les vieillards.
HARPAGON.
Elle?
FROSINE.
Oui, elle. Je voudrais que vous l’eussiez entendue parler là-dessus. Elle ne peut souffrir du tout la vue d’un jeune homme; mais elle n’est point plus ravie, dit-elle, que lorsqu’elle peut voir un beau vieillard avec une barbe majestueuse. Les plus vieux sont pour elle les plus charmans; et je vous avertis de n’aller pas vous faire plus jeune que vous êtes. Elle veut tout au moins qu’on soit sexagénaire; et il n’y a pas quatre mois encore qu’étant prête d’être mariée, elle rompit tout net le mariage, sur ce que son amant fit voir qu’il n’avoit que cinquante-six ans, et qu’il ne prit point de lunettes pour signer le contrat.
HARPAGON.
Sur cela seulement?