FROSINE.
Oui. Elle dit que ce n’est pas contentement pour elle que cinquante-six ans; et surtout elle est pour les nez qui portent des lunettes.
HARPAGON.
Certes, tu me dis là une chose toute nouvelle.
FROSINE.
Cela va plus loin qu’on ne vous peut dire. On lui voit dans sa chambre quelques tableaux et quelques estampes; mais que pensez-vous que ce soit? Des Adonis, des Céphales, des Pâris et des Apollons? Non: de beaux portraits de Saturne, du roi Priam, du vieux Nestor, et du bon père Anchise sur les épaules de son fils.
HARPAGON.
Cela est admirable! Voilà ce que je n’aurois jamais pensé; et je suis bien aise d’apprendre qu’elle est de cette humeur. En effet, si j’avois été femme, je n’aurois point aimé les jeunes hommes.
FROSINE.
Je le crois bien! Voilà de belles drogues que des jeunes gens, pour les aimer! ce sont de beaux morveux, de beaux godelureaux, pour donner envie de leur peau; et je voudrois bien savoir quel ragoût il y a à eux!