Comment! me traiter de la sorte après toutes les marques d’amitié que je vous ai données! Je ne vous blâme point de vous être soumise aux volontés de monsieur votre père, il est sage et judicieux dans les choses qu’il fait; et je ne me plains point de lui de m’avoir rejeté pour un autre. S’il a manqué à la parole qu’il m’avoit donnée, il a ses raisons pour cela. On lui a fait croire que cet autre est plus riche que moi de quatre ou cinq mille écus, et quatre ou cinq mille écus est un denier considérable, et qui vaut bien la peine qu’un homme manque à sa parole; mais oublier en un moment toute l’ardeur que je vous avois montrée! vous laisser d’abord enflammer d’amour pour un nouveau venu, et le suivre honteusement sans le consentement de monsieur votre père, après les crimes qu’on lui impute! c’est une chose condamnée de tout le monde, et dont mon cœur ne peut vous faire d’assez sanglans reproches.

JULIE.

Eh bien, oui. J’ai conçu de l’amour pour lui, et je l’ai voulu suivre, puisque mon père me l’avoit choisi pour époux. Quoi que vous me disiez, c’est un fort honnête homme; et tous les crimes dont on l’accuse sont faussetés épouvantables.

ORONTE.

Taisez-vous; vous êtes une impertinente, et je sais mieux que vous ce qui en est.

JULIE.

Ce sont sans doute des pièces qu’on lui fait, et c’est peut-être lui (montrant Éraste) qui a trouvé cet artifice pour vous en dégoûter.

ÉRASTE.

Moi! je serois capable de cela?

JULIE.