En 1670, le frivole et spirituel versificateur Benserade, chargé jusque-là de la composition des ballets de cour, ayant renoncé à ce métier qui lui semblait fatigant et qu’il avait solennellement abdiqué en février 1669 (par un rondeau adressé aux dames dans le ballet de Flore), ce fut Molière qui eut ordre de le remplacer. Louis XIV prit la peine d’en donner le sujet, comme on le verra dans l’avant-propos de Molière; il fallut que, sur un texte rebattu et stérile qui lui avait déjà servi dans la Princesse d’Élide, un homme de génie voulût bien brocher des scènes qui amenaient des danses, des chants et des spectacles. Molière s’y prêta. Il avait le roi pour unique appui; et le docile philosophe, né avec tous les dons de l’artiste, habile à scander les vers pour la musique, imitateur et presque parodiste ingénieux des madrigaux de Benserade, créa les Amans magnifiques.
Lui-même il s’y plaça comme un fou de cour, libre bouffon qui rappelle le rôle de Moron dans la Princesse d’Élide, et qui indiquait assez bien la situation de Molière dans cette cour. A côté de lui, le libre penseur fit apparaître un représentant des superstitions qu’il détestait, l’astrologue Anaxarque;—trouvant ainsi moyen de frapper obliquement la crédulité humaine et de poursuivre son œuvre.
Trois mois après la représentation de cet ouvrage de commande, qui brille surtout par les divertissements et les machines, un événement bizarre frappa d’étonnement la cour et la ville. La grande Mademoiselle, qui, élevée au milieu des troubles de la Fronde, était restée un peu romanesque, et qui avait choisi parmi les prétendants les plus autorisés et les plus célèbres un petit cadet de Gascogne, le marquis de Lauzun, recevait de Louis XIV l’ordre de renoncer à cette union, où elle avait placé son bonheur. Comment se fait-il que deux rôles des Amans magnifiques, celui de Sostrate (le sauveur de l’armée) et celui d’Ériphile (l’amie de l’amour), semblent calqués sur les caractères et la situation de Lauzun et de Mademoiselle, situation secrète, ou du moins connue de bien peu de personnes? Molière avait-il pénétré les secrets de la cour? savait-il où en était Lauzun, l’homme le plus dissimulé à la fois et le plus hardi, mais qu’il avait vu souvent chez sa femme et chez madame de la Sablière? était-il au courant de cette passion née en 1667, et qui, dans un cœur de plus de quarante ans, était devenue irrésistible? Nous ne pouvons que signaler ici la coïncidence des faits avec l’œuvre du poëte.
En vain, en 1688, essaya-t-on de reprendre la pièce de Molière. Après neuf représentations très-peu suivies, elle disparut de la scène; Dancourt, en 1704, essaya de nouveau la même tentative, également inutile, malgré les changements qu’il avait introduits dans les intermèdes.
| PERSONNAGES DE LA COMÉDIE | |
| ARISTIONE, princesse, mère d’Ériphile. | Mlle Hervé. |
| ÉRIPHILE, fille de la princesse. | Mlle Molière. |
| IPHICRATE, prince, amant d’Ériphile. | La Grange. |
| TIMOCLÈS, prince, amant d’Ériphile. | Du Croisy. |
| SOSTRATE, général d’armée, amant d’Ériphile. | |
| CLÉONICE, confidente d’Ériphile. | Mme Béjart. |
| ANAXARQUE, astrologue. | Hubert. |
| CLÉON, fils d’Anaxarque. | |
| CHORÈBE, de la suite d’Aristione. | |
| CLITIDAS, plaisant de cour, de la suite d’Ériphile. | Molière. |
| UNE FAUSSE VÉNUS, d’intelligence avec Anaxarque. | |
| PERSONNAGES DES INTERMÈDES |
| PREMIER INTERMÈDE. |
| ÉOLE. |
| TRITONS chantans. |
| FLEUVES chantans. |
| AMOURS chantans. |
| PÊCHEURS DE CORAIL dansans. |
| NEPTUNE. |
| SIX DIEUX MARINS dansans. |
| DEUXIÈME INTERMÈDE. |
| TROIS PANTOMIMES dansans. |
| TROISIÈME INTERMÈDE. |
| LA NYMPHE de la vallée de Tempé. |
| PERSONNAGES DE LA PASTORALE |
| EN MUSIQUE. |
| TYRCIS, berger, amant de Caliste. |
| CALISTE, bergère. |
| LYCASTE, berger, ami de Tyrcis. |
| MÉNANDRE, berger, ami de Tyrcis. |
| PREMIER SATYRE, amant de Caliste. |
| SECOND SATYRE, amant de Caliste. |
| SIX DRYADES dansantes. |
| SIX FAUNES dansans. |
| CLIMÈNE, bergère. |
| PHILINTE, berger. |
| TROIS PETITES DRYADES dansantes. |
| TROIS PETITS FAUNES dansans. |
| QUATRIÈME INTERMÈDE. |
| HUIT STATUES qui dansent. |
| CINQUIÈME INTERMÈDE. |
| QUATRE PANTOMIMES dansans. |
| SIXIÈME INTERMÈDE. |
| FÊTE DES JEUX PYTHIENS |
| LA PRÊTRESSE. |
| DEUX SACRIFICATEURS chantans. |
| SIX MINISTRES DU SACRIFICE, portant des haches, dansans. |
| CHŒUR DE PEUPLES. |
| SIX VOLTIGEURS sautant sur des chevaux de bois. |
| QUATRE CONDUCTEURS D’ESCLAVES dansans. |
| HUIT ESCLAVES dansans. |
| QUATRE HOMMES armés à la grecque. |
| QUATRE FEMMES armées à la Grecque. |
| UN HÉRAUT. |
| SIX TROMPETTES. |
| UN TIMBALIER. |
| APOLLON. |
| SUIVANS D’APOLLON dansans. |
| La scène est en Thessalie, dans la vallée de Tempé. |