SOSTRATE.
Je craindrois peu, seigneur, les ennemis que je pourrois me faire en obéissant à mes souveraines.
TIMOCLÈS.
Par quelle raison donc refusez-vous d’accepter le pouvoir qu’on vous donne, et de vous acquérir l’amitié d’un prince qui vous devroit tout son bonheur?
SOSTRATE.
Par la raison que je ne suis pas en état d’accorder à ce prince ce qu’il souhaiteroit de moi.
IPHICRATE.
Quelle pourroit être cette raison?
SOSTRATE.
Pourquoi me tant presser là-dessus? Peut-être ai-je, seigneur, quelque intérêt secret qui s’oppose aux prétentions de votre amour. Peut-être ai-je un ami qui brûle, sans oser le dire, d’une flamme respectueuse pour les charmes divins dont vous êtes épris. Peut-être cet ami me fait-il tous les jours confidence de son martyre, qu’il se plaint à moi tous les jours des rigueurs de sa destinée, et regarde l’hymen de la princesse ainsi que l’arrêt redoutable qui le doit pousser au tombeau; et, si cela étoit, seigneur, seroit-il raisonnable que ce fût de ma main qu’il reçût le coup de sa mort?