LA NUIT.

J’admire Jupiter, et je ne comprends pas
Tous les déguisements qui lui viennent en tête.

MERCURE.

Il veut goûter par là toutes sortes d’états;
Et c’est agir en dieu qui n’est pas bête.
Dans quelque rang qu’il soit des mortels regardé,
Je le tiendrois fort misérable
S’il ne quittoit jamais sa mine redoutable,
Et qu’au faîte des cieux il fût toujours guindé.
Il n’est point à mon gré de plus sotte méthode
Que d’être emprisonné toujours dans sa grandeur,
Et surtout, aux transports de l’amoureuse ardeur,
La haute qualité devient fort incommode.
Jupiter, qui sans doute en plaisir se connoît,
Sait descendre du haut de sa gloire suprême;
Et, pour entrer dans tout ce qu’il lui plaît
Il sort tout à fait de lui-même,
Et ce n’est plus alors Jupiter qui paroît.

LA NUIT.

Passe encor de le voir, de ce sublime étage,
Dans celui des hommes venir,
Prendre tous les transports que leur cœur peut fournir,
Et se faire à leur badinage,
Si, dans les changemens où son humeur l’engage,
A la nature humaine il s’en vouloit tenir.
Mais de voir Jupiter taureau,
Serpent, cygne, ou quelque autre chose,
Je ne trouve point cela beau,
Et ne m’étonne pas si parfois on en cause.

MERCURE.

Laissons dire tous les censeurs:
Tels changemens ont leurs douceurs
Qui passent leur intelligence.
Ce dieu sait ce qu’il fait aussi bien là qu’ailleurs;
Et, dans les mouvemens de leurs tendres ardeurs,
Les bêtes ne sont pas si bêtes que l’on pense.

LA NUIT.

Revenons à l’objet dont il a les faveurs.
Si, par son stratagème, il voit sa flamme heureuse,
Que peut-il souhaiter, et qu’est-ce que je puis?