MERCURE.
Que vos chevaux, par vous au petit pas réduits,
Pour satisfaire aux vœux de son âme amoureuse,
D’une nuit si délicieuse
Fassent la plus longue des nuits;
Qu’à ses transports vous donniez plus d’espace,
Et retardiez la naissance du jour
Qui doit avancer le retour
De celui dont il tient la place.
LA NUIT.
Voilà sans doute un bel emploi
Que le grand Jupiter m’apprête!
Et l’on donne un nom fort honnête
Au service qu’il veut de moi!
MERCURE.
Pour une jeune déesse,
Vous êtes bien du bon temps!
Un tel emploi n’est bassesse
Que chez les petites gens.
Lorsque dans un haut rang on a l’heur[3] de paroître
Tout ce qu’on fait est toujours bel et bon:
Et, suivant ce qu’on peut être,
Les choses changent de nom.
LA NUIT.
Sur de pareilles matières
Vous en savez plus que moi;
Et, pour accepter l’emploi,
J’en veux croire vos lumières.
MERCURE.
Eh! là, là, madame la Nuit,
Un peu doucement, je vous prie;
Vous avez dans le monde un bruit[4]
De n’être pas si renchérie.
On vous fait confidente, en cent climats divers,
De beaucoup de bonnes affaires;
Et je crois, à parler à sentimens ouverts,
Que nous ne nous en devons guères.