S’il publia son Livre commode, ce fut avant tout pour les faire connoître, de même que Renaudot n’établit en grande partie ses bureaux, nous en jurerions, que pour donner de la publicité aux siens[29]. Ainsi les deux premières sources de renseignements qui se soient ouvertes pour le public, seront parties du même point vers un but identique.
[29] V. notamment à ce sujet dans le Sommaire du chapitre de l’Inventaire des addresses du Bureau ou table de Rencontre, les chap. XVI-XVIII.
Renaudot, le médecin, pour trouver l’emploi de sa science et de ce qu’elle possédoit, fonde le Bureau d’adresse ; Blegny, l’apothicaire, pour faire connoître et placer ses marchandises d’empirique, crée l’Almanach des adresses.
Renaudot n’avoua qu’à mots couverts, on le comprend, cette particularité tout égoïste de sa fondation. La charité en fut le but le plus en vue. Venir en aide aux pauvres sans ouvrage, voilà, nous l’avons dit, voilà surtout ce qu’il veut. Il reprend aussi, mais plus largement et à poste fixe, la mission des proxènes antiques et des couratiers du moyen-âge, mais cela sans vouloir faire concurrence à ceux qui, de son temps, pouvoient encore avoir des métiers pareils. Loin de chercher à les gêner, il les aidera : son bureau, dit-il, « sera commode même aux entremetteurs et proxenettes. »
Il va de soi que ces mots sont pris par lui dans le sens le plus honnête.
Ensemble, eux et lui serviront de guides aux nouveaux venus de l’étranger et de la campagne, dont Paris, s’ils ne savent comment s’y retrouver, épuise si vite les ressources.
Il se dévouera plus qu’aux autres encore à ces imprudents des villages et des champs qui s’y risquent à l’aventure, sans prévoir que les pires dangers les attendent à l’arrivée :
« Ils accourent à trouppes en cette ville, qui semble être le centre et le pays commun de tout le monde, sous l’espérance de quelque avancement, qui se trouve ordinairement vaine et trompeuse : car ayant despencé ce peu qu’ils avoient au payement des bienvenuës et autres frais inutiles ausquels les induisent ceux qui promettent de leur faire trouver employ, et aux desbauches qui s’y présentent d’elles-mêmes auxquelles leur oisyveté donne un facile accez, ils se trouvent accueillis de la nécessité avant qu’avoir trouvé maistre : d’où ils sont portés à la mendicité, aux vols, meurtres et autres crimes énormes… Au lieu qu’ils pourront désormais une heure après leur arrivée en cette ville, venir apprendre au Bureau s’il y a quelque employ ou conditions présentes, et y entrer beaucoup plus aisement qu’ils ne feroient après avoir vendu leurs hardes ; ou, n’y en ayant point, se pourvoir ailleurs. Ce qui fera discerner plus facilement les fainéants et gens sans adveu, pour en faire la punition qu’il appartiendra. »
Combien en coûtoit-il pour aller se renseigner chez Renaudot, et pour faire inscrire sur son registre l’emploi qu’on désiroit, la marchandise qu’on vouloit acheter ou vendre, la maison qu’on cherchoit à louer, et jusqu’à la femme ou au mari, dont il pouvoit vous pourvoir, car la variété de ses indications s’étendoit à toutes ces choses ? Il a oublié de nous l’apprendre, mais nous l’avons su autrement.
Pendant le second carnaval, c’est-à-dire celui de 1631, qui suivit l’installation du Bureau de rencontre, lequel, on le pense bien, avoit, comme invention nouvelle, fait événement, un faiseur de « ballets », sortes de pièces, moitié dansées, moitié chantées, où tous les à-propos étoient volontiers saisis, s’avisa de prendre pour types Renaudot et ses clients. Il le fit assez habilement pour que le Roi demanda que la représentation fût donnée devant lui ; et aussi, — ce qui étoit un succès peu commun, — pour que la pièce après avoir été chantée et dansée fût imprimée.