Les Bureaux furent la première.
Elle devança l’autre d’une année. A peine Renaudot en avoit-il émis le projet, qu’il recevoit l’approbation royale. Ce n’étoit malheureusement qu’un premier pas. Cinq ans se passèrent avant qu’il pût en faire un second. L’approbation royale étoit du 14 octobre 1612, il n’eut que le 30 octobre 1617 l’approbation du Conseil. Il fallut ensuite aller devant le Parlement pour obtenir arrêt de jouissance. Les démarches traînèrent, avec une formalité par étape, du 30 octobre 1617 au 3 février 1618, et du 16 février 1618 aux 28 février et 22 mars 1624.
Ce n’est pas tout, quand le Parlement eut approuvé, une nouvelle halte fut nécessaire pour attendre la déclaration royale. Elle n’arriva que quatre ans après, le 31 mars 1628. Enfin, Renaudot touchoit à son privilége, mais il fallut, pour qu’il l’eût en main, plus de quatorze mois encore. Il n’est daté que du 8 juin 1629.
C’est à la fin de cette année qu’il ouvrit, je ne dirai pas son, mais ses Bureaux. Lui-même, en effet, nous donne à entendre qu’il en avoit plusieurs, par la façon dont il fait connoître son adresse, à la fin du titre de la brochure gr. in-4o de 34 pages, qu’il publia aussitôt pour mettre son idée au grand jour :
« Inventaire des addresses du Bureau de rencontre, où chacun peut donner et recevoir advis de toutes les nécessitez et commoditez de la vie et société humaine, par permission du Roy contenue en ses brevets, etc. Dédié à Mgr le Commandeur de la Porte, par T. Renaudot, médecin du Roy, à Paris, à l’enseigne du Coq, rue de la Calandre, sortant au Marché neuf où l’un desdits bureaux d’addresse est estably. »
Dans la longue préface, dont il fit précéder cet « inventaire », et que reproduisit le Mercure françois de l’imprimeur Richer[28], seul journal qu’il y eût alors, il avoue, tout en exposant son idée, à quelles sources il l’a prise. Il la déclare « fondée sur l’autorité d’Aristote » ; il invoque aussi celle du sieur de Montagne (sic) « pour servir de preuve, dit-il, au bien qui en reviendra. »
[28] T. XXII.
C’est en faveur des pauvres gens surtout qu’il veut que ce bien se produise. En cela, « Messieurs de la Ville » l’ont compris, puisqu’ils lui ont donné leur approbation, et Messieurs de l’Hôtel-Dieu de même, qui, le 28 janvier 1628, lui ont accordé leur patronage.
Renaudot est médecin, et ne l’oublie jamais. C’est ce qui lui a fait rechercher, et sans doute aussi obtenir cette protection de l’Hôtel-Dieu. L’indication des remèdes qu’il aura, d’ailleurs, soin de choisir parmi les plus efficaces, sera pour une bonne part dans les annonces qu’il fera, et dont il complétera le détail à ceux qui voudront bien venir se renseigner au « Bureau d’adresse. »
Par une singulière rencontre, Blegny, le faux Abraham du Pradel, dont nous publions le volume, s’occupoit aussi — nous ne le verrons que trop bientôt — de remèdes de toutes sortes.