Ces feuilles, qui paroissoient tous les trois mois — celle que nous avons publiée est la quinzième — complétoient pour Renaudot non-seulement son Bureau d’adresse ou de publicité, comme nous dirions, mais aussi son autre fondation, la Gazette, qui, à partir de 1631, c’est-à-dire un an après que ce Bureau eut été fondé, marcha de pair avec lui.

Lorsqu’un événement n’avoit pas assez d’importance pour figurer dans la Gazette, ou exigeoit un récit trop développé pour qu’il y pût trouver place, Renaudot l’ajournoit jusqu’à sa prochaine feuille d’annonces. Il l’y publioit en tête, et les petites affiches venoient à la suite avec tout leur détail.

Pour cette Quinziesme feuille du Bureau d’addresse, datée du 1er septembre 1633, c’est le récit du Duel signalé d’un Espagnol et d’un Portugais qui marche en avant. Puis viennent les annonces les plus diverses : Terres seigneuriales à vendre ; Maisons et héritages aux champs en roture à vendre ; Maisons à Paris à vendre ; Maisons à Paris à donner à loyer ; Maisons à Paris qu’on demande à prendre à loyer ; Rentes à vendre, Bénéfices à permuter, Offices à vendre ; Meubles à vendre, et enfin Affaires meslées, où se trouve en effet le pêle-mêle de demandes ou de propositions le plus singulier et le moins attendu.

On demande par exemple : « un homme qui sçache mettre du corail en œuvre. » Plus loin, c’est quelqu’un qui « voudroit compagnie pour aller en Italie dans quinze jours. » Mais l’article le plus curieux est le dernier : « On vendra un jeune dromadaire à prix raisonnable. »

Nous ignorons quel fut au juste le sort du Bureau d’adresse, et surtout celui de ses feuilles d’annonces. Renaudot, qui ne mourut qu’au mois d’octobre 1653, laissa-t-il cet établissement dans un état aussi prospère que La Gazette, qui, elle, ne périclita jamais, l’appui du Roi, dont le gazetier n’étoit guère que le mandataire, étant toujours là pour la garer de tout péril ? Nous ne le pensons pas.

Un livret antérieur de six ans à la mort du gazetier, et que nous ne connaissons malheureusement que par son titre : Renouvellement des bureaux d’adresse, prouveroit que l’affaire n’avoit pas marché sans encombre[34]. Si on la renouveloit, c’est qu’elle avoit été interrompue, et la ténacité de Renaudot étant connue, la malechance pouvoit seule avoir été cause de cette interruption.

[34] Il existoit sans doute encore toutefois en 1640, car à cette époque un nouveau Ballet du Bureau des Addresses fut dansé à Dijon devant Mgr le Prince. V. le recueil cité plus haut, t. VI, p. 17-31.

La brochure, qui semble annoncer la reprise, est de 1647, mauvaise date, car elle touche de bien près celle des premiers troubles de la Fronde, où — ce qui arriva du reste — le journalisme des libelles pouvoit bien naître, mais où, par contre, celui des annonces n’étoit pas de nature à revivre. Nous sommes donc autorisés à penser que la Feuille du bureau d’adresse, malgré ce que Renaudot avoit fait pour la ressusciter, étoit bel et bien morte, lorsqu’il mourut lui-même en 1653.

Il n’en resta que le privilége, qui fut plusieurs fois cédé plus tard, comme nous verrons.

La Gazette, qui avoit aussi le sien, survécut à Renaudot. Transmise à son fils Eusèbe, comme un héritage, elle fit survivre le Bureau d’adresse, d’où elle étoit sortie avec l’autre feuille.