Six ans se passèrent sans qu’il y eût d’autre tentative pour reprendre et exploiter le privilége.

François Colletet, le poète crotté de Boileau, s’en avisa enfin avec l’audace des gens qui n’ont rien à perdre.

En 1676, à la fin de juin, on vit tout à coup paraître une feuille, s’annonçant comme hebdomadaire et portant ce titre : Journal de la ville de Paris contenant ce qui se passe de plus mémorable pour la curiosité et avantage du public.

C’étoit la Gazette d’affaires et d’adresses de François Colletet. Il y procédoit un peu comme Renaudot, avec cette différence qu’au lieu d’y mettre en tête, avant les annonces et avis, quelque long récit, tenant toute la place, il y débitoit les nouvelles intéressantes de la semaine, jour par jour.

C’est ce qui le perdit. Sur une plainte qui vint, soit de la Gazette, qui ne vouloit pas qu’on touchât à ces nouvelles mondaines auxquelles elle-même pourtant dédaignoit de toucher ; soit du Mercure, encore nouveau et d’autant plus ardent à repousser tout ce qui pouvoit lui faire concurrence, Colletet reçut ordre de ne pas continuer, du moins sous cette forme. Son journal n’eut qu’un seul numéro.

Ce n’étoit pas une fin, toutefois, ce n’étoit qu’une évolution. Se conformant à l’ordre reçu, sans abandonner l’idée qu’il reprenoit, Colletet ne perdit pas un jour, pas une heure, pour publier une feuille nouvelle, où il se tiendroit, en un cahier de quelques pages, aux seules choses, dont on lui laissoit la disposition : les annonces.

Le contenu de la feuille changeant ainsi, son titre devoit changer de même. Il prit celui-ci : Journal des avis et affaires de Paris.

La première fondation de Renaudot renaissoit. Colletet donna même à entendre que son entreprise n’en étoit que la suite. Dans le préambule d’un de ses numéros, il parle du privilége obtenu sous Louis XIII pour une feuille de même sorte que la sienne, et qui seroit devenu le sien[54]. Ce ne peut être certainement que celui de Renaudot le père, dont il seroit ainsi, nous ne savons comment et avec quel argent, parvenu à se faire accorder la cession.

[54] V. un excellent article de M. Hatin, Bulletin du Biblioph., 1861, p. 620.

A son Journal d’affaires, il joignit, lui aussi, comme c’étoit naturel, un Bureau d’adresse. Il y recevoit trois fois par semaine : les lundi, mercredi et vendredi, de une heure à six heures dans les grands jours, et jusqu’à quatre et demie seulement en hiver. C’est là qu’il complétoit, pour quiconque venoit le consulter, les avis donnés par sa feuille, et que prudemment il n’avoit fait qu’y ébaucher.