[13] Il a beaucoup mieux l’article qu’il mérite dans l’édit. de 1691. Le voici avec celui qui le précède, et qui devroit aussi se retrouver ici : « les meubles d’orfèvrerie sont fabriquez avec grande perfection par M. De Launay, orfèvre du Roy, devant les galeries du Louvre. M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marquetterie d’une beauté singulière. » — Nous n’avons pas à nous étendre sur Charles-André Boulle, le merveilleux ébéniste du grand règne, que l’on connoît aujourd’hui par de si intéressantes notices, à commencer par celle de Mariette dans l’Abecedario, où il dit : « Ses meubles enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de marquetterie sont d’un goût exquis, et la mode ne leur fait rien perdre de leur prix. » Il avoit le goût passionné des tableaux, des estampes plus encore, et des dessins. Il s’y ruina. En 1686, il étoit déjà la proie de ses créanciers, et se trouvoit bien que le Louvre, où il logeoit, fut lieu d’asile. Louvois, furieux un jour de ce qu’il ne s’exécutoit pas assez vite pour quelques meubles de l’appartement du Dauphin, où il avoit déjà décoré un si admirable cabinet tout de glaces et de marquetteries, menaça de lui enlever ce refuge. Voici la lettre impitoyable qu’il écrivit à ce sujet, le 4 février 1686, à son agent La Chapelle : « Boulle promet à Mgr le Dauphin, depuis longtemps, quelques sièges, lesquels il n’achève point. Je vous prie de voir en quel état ils sont, et de lui dire que, s’il ne les achève, je le ferai sortir du Louvre, et le ferai mettre au For-l’Evêque à la discrétion de ses créanciers, et que je ferai faire son ouvrage par d’autres. » Citée par M. Rousset, Hist. de Louvois, t. III, p. 381. En 1704, la gêne de Boulle étoit encore plus grande et ses embarras plus pressants. Le Roi l’en sauva. (Correspond, admin. de Louis XIV, t. II, p. 843.) Le plus grand deuil de sa vie fut l’incendie de son chantier au Louvre, et la destruction par les flammes de la plus grande partie de sa collection, dans la nuit du 20 août 1720. Quoique déjà bien vieux, il eut assez d’énergie pour survivre. Il ne mourut que douze ans plus tard, le 1er mars 1732. Il avoit quatre-vingt-neuf ans et quelques mois. V. sur lui, dans les Archives de l’Art françois, par MM. de Chenevières et de Montaiglon, t, IV, p. 321-350, un travail qui résume à peu près tout ce qu’on sait sur lui.

[14] Fils de Claude Lefebvre, dit Saint Claude, qui avoit travaillé comme tapissier chez Fouquet, à Vaux.

M. Marseille, ruë S. Denis, près la Sellette, vend des Tapisseries de cuir doré de Flandres.

Celles de France se fabriquent près la porte saint Antoine.

Les Cabinets[15], Bureaux, Biblioteques et autres meubles de placages[16], de noyers, d’ébène, de cedre, etc., sont fabriquez et vendus au Fauxbourg saint Antoine, à la porte saint Victor, rue neuve saint Mederic, rue Grenier S. Lazare, rue du Mail, etc.

[15] Richelet décrit ainsi, en 1688, dans son Dictionnaire, ces meubles, dont la mode revient : « Espèce d’armoire avec des tiroirs, faite d’ébène, de noyer ou d’autre beau bois, propre à serrer des hardes. » On en vendoit aux foires. Le Sganarelle de L’Amour médecin, act. I, sc. 2, veut donner à sa fille « un cabinet de la foire St-Laurent. » Dans le Tarif des droits d’entrée, etc., du 18 sept. 1664, se trouvent de curieux détails sur ces cabinets.

[16] « Et de marqueterie. » Edit. 1691, p. 35.

Il y a sur la Ville Neuve un très grand nombre de Menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles tournez et non tournez[17].

[17] C’étoient des ouvriers du faubourg Saint-Antoine, que, sous Henri IV et sous Louis XIII, grâce à une exemption de taille et au droit de pouvoir travailler sans maîtrise, on avoit attirés dans ce quartier encore désert de la Ville-Neuve-sur-Gravois, c’est-à-dire de la butte Bonne-Nouvelle, rue Bourbon-Villeneuve — aujourd’hui d’Aboukir, — et rue de Cléry, etc., où, comme on sait, le même métier et le même commerce des meubles s’exercent encore.

Les Tapissiers-Fripiers qui vendent et loüent toutes sortes de meubles[18] faits, sont pour la plupart sous les pilliers des Halles, rue de la Truanderie, Montagne sainte Genevieve, Descente du Pont Marie, et[19] rue Grenier sur l’eau.