Le Boulanger qui fabrique le petit pain de mouton pour les enfans[12], demeure rue de Seine, quartier saint Germain[13].

[12] Le pain-mouton étoit une sorte de petit pain saupoudré de grains de blés que les valets étoient chargés de donner aux enfants pauvres, quand venoient les étrennes. Il différoit beaucoup — sauf par le nom — du pain de mouton, qui se faisoit avec du beurre, du fromage, et de la pâte, et n’étoit guère plus grand, dit Richelet, qu’un écu d’argent. On le donnoit aussi aux enfants « un peu devant et un peu après le jour de l’an. » L’abbé de Marolles a parlé dans les notes de sa traduction d’Athénée, 1680, in-4o p. XXXIX, où certes l’on ne l’attendoit guère, d’une femme qui fut célèbre en son temps, par le débit qu’elle faisoit de ces petits pains, en criant par les rues : « à mes petits pains de mouton, Mesdames ! »

[13] Dans l’édit. précéd., p. 62, son adresse est « rue des Mauvais Garçons », celle du faubourg Saint-Germain, sans doute, près de la rue de Seine.

Le Sieur Ozanne, rue de Guenegaud, est renommé pour le pain Paget[14] et pour une sorte de pain façon de Gonesse[15].

[14] C’étoit, croyons-nous, le pain à la Moutauron, avec un nom plus nouveau, mais déjà ancien lui-même. Jacques Paget Du Plessis, d’abord maître des requêtes, puis intendant des finances, avoit fait fortune en s’arrangeant avec les partisans, lorsque Moutauron, un de ceux-ci, avoit sombré après quelques années de la plus grande magnificence, qui lui valut, comme on sait, la dédicace de Cinna. Tout étant de mode, le pain à la Moutauron fut remplacé par le pain Paget, comme la fortune de Paget avoit succédé à celle de Moutauron.

[15] On sait que le pain de Gonesse, qui devoit, dit-on, ses qualités à l’eau du pays, étoit celui qu’on préféroit à Paris, dont il formoit en grande partie l’approvisionnement. L’arrivage s’en faisoit deux fois par semaine, et il avoit sa halle particulière : « On ne prendra pas Paris, disoit Condé, suivant le cardinal de Retz, par des mines, comme Dunkerque, et par des attaques, mais si le pain de Gonesse lui manquoit huit jours. » Lister le trouva excellent et bien supérieur à celui de Paris. « Il est extrêmement blanc, dit-il (chap. VI), ferme, léger et fait avec du levain. Il est ordinairement en pain de trois livres. » Le prix de trois deniers anglois la livre, qu’il donne ensuite, équivaut à trente-et-un centimes d’à présent.

Le Sieur Jacques, rue saint Honoré, est renommé pour le pain biscuit qu’on mange avec les liqueurs.

Les Sieurs l’Esteuve, près saint Medard, et Adam, rue saint Denis, au Roy François[16], fabriquent des Fours pour le public.

[16] C’est-à-dire Cour du Roy François, ancienne Cour des Miracles, qui n’a disparu que dans ces derniers temps, et qui devoit son nom à cette enseigne.

Il y a plusieurs Paindepiciers rue Marivaux[17] et porte S. Denis.