A la première réquisition du sergent à verge il présenta le privilége, qui fut saisi comme l’avoient été les exemplaires. Ce n’étoit, disent les procès-verbaux, que par simple provision, et jusqu’à nouvel ordre ; mais l’ordre contraire ne vint jamais. Exemplaires et privilége étoient saisis, ils le restèrent jusqu’à ce qu’on les eût détruits. C’est ce qui explique pourquoi cette seconde année du Livre commode est beaucoup plus rare encore que la première.
Ce fut le coup de grâce pour Blegny. Dès lors il cesse de publier. Un livre, bien inattendu de sa part et qui prouveroit qu’il a même renoncé à la médecine, est le seul qui paroisse sous son nom. Il est de 1694 et il a pour titre : Projet de l’histoire générale des religions militaires et des ordres politiques et séculiers de chevaliers[74]. Pourquoi l’avoit-il fait ? Quel but y visoit-il ? Peut-être étoit-ce un moyen d’exploiter les gens si nombreux alors qui cherchoient à se faufiler par la chevalerie dans la noblesse et qui n’arrivoient ainsi qu’à devenir, suivant le mot du temps, des « chevaliers de l’industrie ». Blegny étoit homme à en créer beaucoup de cet ordre.
[74] Il n’est pas indiqué dans la Biblioth. Script. Medic. de Manget, qui n’avoit du reste à donner que la liste des livres de médecine de Blegny.
Quoi qu’il en soit, de mauvais bruits coururent alors sur son compte. On parla même d’escroquerie[75] ; il perdit les dernières charges qui lui restoient, et, le terrain lui manquant tout à fait sous les pieds, il quitta Paris pour Angers. On l’y arrêta. Nous ignorons pourquoi, mais ce devoit être pour affaire grave, car il resta huit ans prisonnier dans le château. Lorsqu’il eut fait son temps, il chercha un pays plus hospitalier. Il se retira sur terre papale, à Avignon, où il mourut en 1722 à quatre-vingts ans.
[75] Biog. univ., art. Blegny.
Voilà l’homme, vous allez juger à présent de son essai d’Almanach des adresses. L’auteur est un assez vilain personnage, mais le livre est curieux.
LE
LIVRE COMMODE
CONTENANT
LES ADRESSES
DE LA
VILLE DE PARIS
ET
LE TRÉSOR DES ALMANACHS
POUR L’ANNÉE BISSEXTILE 1692
avec
les scéances et les vacations des Tribunaux, l’ordre et la discipline des exercices publics, le prix des Matéraux et les ouvrages d’Architecture, le Tarif des nouvelles Monnoyes, le Départ des Courriers et des Voitures de Routes, et généralement toutes les commoditez sujettes aux mutations.
Par Abraham Du Pradel, Philosophe et Mathématicien.