[6] On sait quelle est l’origine des années bissextiles. Jules César, lorsqu’il créa le calendrier nommé à cause de lui calendrier Julien, décida que l’année seroit de 365 jours 6 heures ; et comme ces six heures quatre fois répétées forment un jour, il ordonna que ce jour seroit intercalé tous les quatre ans après le sixième des calendes de mars, qui correspond au 24 février. Par cette intercalation ce sixième jour des calendes étant doublé, on l’appela bis sextus, bis sixième, ou bissexte, d’où année bissextile.
IDÉE
GÉNÉRALE DU MONDE[7].
[7] Blegny, dans l’édition de 1691, avoit écrit avec moins d’emphase : « Systêmes du Monde ».
Le temps n’étant que la durée des êtres modifiez, et les saisons qui se trouvent dans la suite des temps n’étant que des accidents qui arrivent à ces êtres, il est de l’ordre de donner une idée générale de l’Univers, avant que de parler de la succession des temps et des saisons : mais comme cet Ouvrage, qui n’est qu’un simple manuel journalier, doit fournir dans l’instant même d’un besolu[8] l’utilité qu’on en doit attendre, et qu’il seroit par conséquent défectueux s’il exigeoit la moindre application d’esprit, on ne trouvera ici ni dans toutes les autres parties que des expositions si claires et si précises, qu’il suffira de les lire pour en faire sur le champ de justes applications dans la pratique de la vie civile.
[8] Lisez « d’un besoin ».
Voici donc comment, sans aucun principe, chacun se pourra faire dans un moment l’idée générale de l’univers. Il faut pour cela se représenter, comme on le sçait communément, que la Terre, avec les Eaux qu’elle comprend, est un globe ou rond, plein et opaque, qu’on peut comparer à une boule quant à la forme plus générale ; puis ayant imaginé que cette boule pleine et opaque est au milieu d’une boule creuse et transparente dont la circonscription est beaucoup plus étendue, se représenter d’ailleurs qu’elle est soutenue au milieu de ce creux par une substance fluide et claire qui reçoit le nom d’Air.
Alors, après avoir donné à ce premier globe creux et transparent le nom de Ciel de la Lune[9], on s’en figurera un deuxième de même nature qu’on nommera Ciel de Mercure, et qu’on supposera assez grand pour renfermer celuy-là ; puis enfin, en les multipliant, on pourra en imaginer un troisième pour Vénus, un quatrième pour le Soleil, un cinquième pour Mars, un sixième pour Jupiter, un septième pour Saturne, qui est la dernière et la plus éloignée des sept planètes, un huitième où l’on placera le firmament ou ciel des étoiles fixes, un neuvième qui sera le premier ciel cristalin[10], un dixième qui sera le deuxième cristalin, et un onzième qu’on supposera être le premier mobile des autres, après quoy ayant imaginé un carré, on s’y représentera, suivant l’Apocalypse, la Sainte Cité[11] ou le Ciel Empirée[12] qui est la demeure des Bienheureux.
[9] Tout cela, ainsi que ce qui suit, est du système de Ptolémée, celui que Blegny, comme on le verra plus loin, avoit adopté pour ne pas se mettre mal avec l’Église.
[10] Ceci est encore du système de Ptolémée, suivant lequel chacun des cieux transparents qui enveloppent la terre au delà des cercles des planètes, s’appelle « cristallin ».
[11] V. l’Apocalypse, chap. III, verset 12 ; chap. XXI, versets 2 et 10.