Cette inégalité et le nombre de 52 semaines qui se trouvent dans le courant de chaque année fait voir qu’elles ne peuvent pas entrer dans une division cathégorique des temps, puisqu’on ne peut pas diviser les mois en un nombre certain de semaines, chaque semaine n’étant que de sept jours ; aussi ne doivent-elles être considérées que comme une ordination ecclésiastique concernant le culte divin[30] ; c’est pourquoi après avoir montré qu’un siècle est composé de cent années, que chaque année comprend deux semestres, chaque semestre deux quartiers, chaque quartier trois mois, chaque mois un peu moins ou un peu plus de 30 jours, et enfin chaque jour 24 heures, y compris les diurnes et les nocturnes ; il reste seulement à dire pour l’exacte division des mesures du temps, que chaque heure est divisée en deux demies, chaque demie en deux quarts, chaque quart en quinze minuttes, chaque minutte en 60 secondes, chaque seconde en 60 tierces, etc.
[30] C’est ce qu’elle est en effet depuis l’adoption, en 325, de la réforme julienne par le Concile de Nicée, qui supposa que l’intercalation de dix jours ordonnée par César faisoit exactement coïncider la longueur de l’année astronomique avec celle de l’année civile, et établit la concordance astronomique du calendrier avec le mouvement du Soleil.
PRÉCISIONS
CHRONOLOGIQUES ET HISTORIQUES DES TEMPS.
Ces précisions sont indifféremment et généralement nommées par les Astronomes Ères, Epoques ou points fixes des temps ; ce sont ou des dattes permanentes retenues par un consentement universel, pour déterminer le temps des grands évènements ou des nombres révolutaires[31] qui ne sont pas d’un moindre usage pour la Cronologie et pour l’Histoire.
[31] Ce mot n’est plus admis par la science.
A l’égard des dattes permanentes, on compte depuis le commencement du monde jusqu’à présent 5,641 années ; depuis le Déluge universel 3,185 ; depuis la naissance de Jésus-Christ 1692 ; depuis sa mort 1659 et depuis la réformation Grégorienne du Calendrier 110[32].
[32] La réformation grégorienne ou correction de l’intercalation julienne doit son nom au pape Grégoire XIII, qui la décréta en 1582, d’après les calculs de l’astronome italien Aloïsio Lilio.
Pour ce qui est des nombres révolutaires, ils méritent chacun une explication particulière ; le plus considérable est celuy qu’on appelle Nombre d’or, parce qu’il étoit autrefois marqué dans le Calendrier en lettre d’or. Sa première année, qui étoit en dernier lieu la précédente 1691, étoit marquée par 1. Celle-ci, qui fait sa deuxième, étoit marquée 2 et ses dattes seront ainsi continuées pendant dix-neuf années selon l’ordre naturel des nombres ; en sorte que 1710 aura 19 pour nombre d’or et que 1710 reviendra au premier nombre[33].
[33] L’explication de Lalande, p. 84, est plus claire : « Les Nombres d’or, dit-il, sont une suite de 19 nombres qui répondent à 19 ans, et indiquent successivement les années qui s’écoulent avant que la nouvelle lune revienne au 1er janvier. » Ce n’est qu’un retour au cycle de l’athénien Méton, que, sous Alexandre, Eudoxe avoit déjà réformé d’après les livres des prêtres d’Égypte. Champollion-Figeac, dans son Résumé complet de Chronologie, petit livre si curieux et aujourd’hui si peu commun, ne croit pas non plus à l’exactitude des calculs qui l’ont réglé, et par conséquent n’admet pas davantage la régularité du cycle chrétien qui en dérive : « Le nombre d’or se rapporte, dit-il p. 161, à une concordance supposée de l’année lunaire avec l’année solaire. Au moyen d’intercalations, on crut que 19 années de chaque espèce avoient également 6939 jours, et qu’ainsi les nouvelles lunes revenoient, pour chaque cycle de 19 ans, aux mêmes jours et aux mêmes heures. La réformation grégorienne corrigea les erreurs qui résultoient de cette fausse opinion. L’on y remédia autant qu’on le put, mais ce cycle est encore imparfait. »
Ce nombre révolutaire a été ainsi réglé pour déterminer précisément l’espace de temps qui se doit écouler avant que la Lune se trouve dans le point même où elle étoit à l’égard du Soleil lors de la première datte de ce nombre, ce qui ne se peut faire, suivant les plus exacts observateurs, qu’en dix-neuf années, à cause que l’année lunaire est plus courte que l’année solaire, je veux dire que le temps des douze lunes de l’année est moindre de onze jours que celuy du circuit annuel du Soleil.