gardiens de la fidélité de la femme et de l'homme à différentes époques et dans divers pays.
MANIÈRE D'EN CONSTRUIRE SECRÈTEMENT ET FACILEMENT
Extraits de nombreuses lettres et sujets.
«Ce petit livre, dont la Congrégation de l'Index a permis la publication, a pour but de satisfaire la curiosité que son titre excite. Pour le plus grand nombre, sa lecture sera amusante, pour d'autres elle sera à la fois utile et amusante.
«Et ceux qui pensent, comme l'a dit Boileau, que
L'homme qui n'a que la passion pour guide
A besoin qu'on lui mette et le mors et la bride,
trouveront inappréciable qu'on leur indique comment on peut construire des moyens de défense contre le viol, l'adultère et la fornication[20].»
L'auteur d'une étude sur le même sujet, le Dr Caufeynon, a poursuivi cette enquête auprès de fabricants de ceintures de chasteté, pour en arriver à confirmer qu'il était possible de se procurer couramment ces appareils[21].
Nous avons du reste des documents suffisants pour affirmer que ces instruments ont été imaginés, fabriqués et appliqués. Ce sont d'abord les ceintures de chasteté conservées au musée de Cluny, objets de la curiosité publique. Dans l'une d'elles l'occlusion est formée par un bec d'ivoire rattaché par une serrure à un cerceau d'acier muni d'une crémaillère. Le bec d'ivoire, dont la courbe suit celle du pubis et s'y adapte exactement, est creusé d'une fente longitudinale pour le passage des sécrétions naturelles; la crémaillère permet d'adapter à la taille le cerceau, qui est recouvert de velours pour ne pas blesser les hanches. On le maintient au cran voulu en donnant un tour de clef. D'après une tradition, cette ceinture est celle dont Henri II revêtait Catherine de Médicis: légende bien improbable, car la ceinture est d'une mesure trop exiguë pour avoir pu s'appliquer au riche embonpoint de la reine.
La deuxième ceinture conservée au musée de Cluny se compose de deux plaques de fer forgé, gravé, damasquiné et repiqué d'or, réunies dans le bas par une charnière et dans le haut par une ceinture en fer ouvragé et à brisures. Autour des plaques et de la ceinture, des trous sont destinés à la piqûre des doublures. La plaque de devant porte à l'extrémité inférieure une ouverture dentelée de forme allongée; l'ouverture de celle de derrière est en forme de trèfle. Cette cuirasse défie d'un côté comme de l'autre les tentatives les plus audacieuses. C'est un véritable ouvrage italien. Et l'on sait l'influence précise que l'Italie exerça sur nos chevaliers au seizième siècle, qui lui empruntèrent, entre autres galanteries, l'amour des inversions sexuelles. Mérimée rapporta cette ceinture d'Italie pour en faire présent au musée de Cluny.