Il se rencontre, comme vous voyez, Messieurs, dans cette cause plusieurs intérêts différents: celui de l'honnête liberté des femmes attaquée en la personne de la demoiselle Lajon; celui du public, dont la fille séduite est un membre; celui de ses parents, à l'égard desquels le sieur Berlhe s'est rendu coupable en enlevant cette fille; enfin celui de la plaignante, qui a été trompée et déshonorée pour toujours. Depuis sa chute, elle coule ses jours dans le chagrin et dans la tristesse; depuis que le sieur Berlhe affecte de l'avoir entièrement oubliée, les idées affligeantes ne cessent de l'environner avec toutes leurs horreurs, et l'infidélité de son amant a répandu sur elle une amertume qui détruit peu à peu sa santé, sa jeunesse et ses grâces.

Elle est, Messieurs, vraiment digne de pitié et de commisération, cependant elle demeure toujours plongée dans cet état d'humiliation. On lui donne des regrets, peut-être même des éloges, mais tout cela ne change rien à sa situation; tant que le perfide ne voudra point se rappeler ses anciens serments, tant qu'il refusera de remplir ses engagements, rien ne saurait changer le triste sort de cette fille infortunée; en sorte que tout sollicite et tout concourt, Messieurs, pour vous déterminer à frapper le cœur de l'insensible de la foudre d'un jugement sévère pour le faire rentrer dans son devoir.

FIN

NOTES:

[1] Entre les animaux, il n'y a que les juments de bonne race qu'on infibule, quand on ne veut pas qu'elles conçoivent; et c'est ce qu'on nomme en termes propres boucler les cavales. On se sert ordinairement pour cette opération d'un instrument de cuivre blanc qui a plusieurs pinces et plusieurs crochets, qu'on insère dans le vagin afin d'en boucher l'approche.

[2] De Paw, Recherches philosophiques sur les Américains ou Mémoires intéressants pour servir à l'histoire de l'espèce humaine. Berlin, 1769, t. II, pp. 140 et suiv.

[3] De Cadalvène, Égypte et Nubie, t. II, p. 158.—Ilex, Mœurs orientales. Londres, 1878, p. 15.

[4] Maximilien Misson, Voyage d'Italie. Amsterdam, 1743, t. I, p. 249.

[5] Lettres familières écrites d'Italie par Charles de Brosses. Lettre XVI du 26 août 1739. Édit. de Paris, 1858, t. I, p. 137.

[6] Fleury, En Italie. Vienne, 1861, p. 290.