--Tu peux te reposer en toute sûreté sur mon habileté, Antoinette, car j'ai la main habile, et mes petits chevaux, quoique paraissant rétifs, sont parfaitement bien dressés.

On peut voir par ces quelques mots, que Madame d'Aulnay, parmi ses qualités, comptait celle de conduire deux chevaux de front, et quoique peu de Dames, à cette époque, recherchassent ce talent, Madame d'Aulnay était à la tête de la fashion et faisait comme bon lui semblait.

--Sais tu, petite cousine, continua-t-elle en se regardant avec complaisance dans le miroir, sais-tu que ces sombres fourrures nous vont à merveille: elles s'harmonisent bien avec mon teint pâle, et elles font ressortir à ravir tes joues roses.... Mais, qu'est-ce que cela, Jeanne? demanda-t-elle en s'interrompant dans ses éloges et en s'adressant à une femme d'un âge moyen qui entrait en ce moment, portant deux lettres à la main.

--Pour Mademoiselle Antoinette, Madame, dit-elle en remettant les lettres à la jeune fille qui tendit les mains avec empressement.

Jeanne occupait dans la maison la position d'une personne privilégiée. Femme de chambre de Madame d'Aulnay avant le mariage de celle-ci, elle l'avait suivie dans sa nouvelle demeure, probablement pour ne plus jamais s'en séparer; elle lui était profondément attachée, et souvent elle lui avait donné des preuves de cet attachement sous la forme de remontrances et de conseils que la légère et capricieuse Madame d'Aulnay n'aurait certainement pas souffert d'aucune autre personne.

Antoinette ouvrit précipitamment les missives, qui, toutes deux, étaient longues et écrites très serrées. Madame d'Aulnay, jetant un coup-d'oeil sur ces pages et les voyant si bien remplies, s'écria avec impatience:

--Assurément, chère enfant, tu n'as pas l'intention, j'espère, de lire ces folios en entier maintenant. Tiens, tiens, mets-les de côté, tu en prendras connaissance à notre retour.

--Non pas, chère Lucille. Ces lettres sont de papa et de cette pauvre Madame Gérard, et ma pensée a tellement négligé depuis quelque temps ces deux personnes si chères à mon coeur, que, par manière de pénitence, je dois rester à la maison et lire leurs lettres jusqu'à ce que je les sache par coeur.

--Quelle folie! consentiras-tu véritablement à perdre ce charmant après-midi et la première journée de la saison favorable à la promenade? Assurément, tu ne seras pas aussi absurde!

--Chère amie, je le serai au moins pour cette fois; ainsi, pardonne-moi.