--Ah! reprit Madame d'Aulnay moitié aigrement et moitié gaiement, je m'aperçois que tu as une bonne dose de cette fermeté, ou plutôt, pour être plus vraie, de cette obstination qui distingue ta famille. Ainsi donc, je dois me résigner à paraître seule cet après-midi sur la rue Notre-Dame: eh! bien, adieu.

Et, d'un pas léger, elle descendit l'escalier.

VII.

Après le départ de Madame d'Aulnay, Antoinette se dépouilla en toute hâte de ses habits de sortie, et commença la lecture des lettres qu'elle venait de recevoir.

La première, qui était de son père, respirait la bienveillance et l'affection; elle parlait du vide que son absence créait dans la maison, lui recommandait de s'amuser de tout son coeur, mais terminait en l'avertissant d'exercer la plus active surveillance sur ses affections, de ne les pas accorder à ces élégants étrangers qui fréquentaient la maison de sa cousine, attendu qu'il ne souffrirait jamais qu'aucun d'eux devînt son gendre.

Une vive rougeur se répandit sur le visage de la jeune fille à la lecture de ce dernier passage. Comme pour bannir les pensées importune! qui venaient d'être évoquées, elle mit précipitamment de côté la lettre de son père pour prendre la seconde; malheureusement, l'épître de Madame Gérard prêtait encore plus aux réflexions pénibles auxquelles avait donné lieu celle de M. de Mirecourt. En la parcourant, Antoinette sentit sa rougeur prendre l'intensité d'un fiévreux incarnat, et bientôt de grosses larmes qui s'étaient amassées sous sa paupière tombèrent une à une sur le papier qu'elle tenait à la main.

Aucune dénonciation, aucun reproche n'étaient pourtant formulés dans cette lettre; non, mais avec une fermeté pleine de tendresse, la gouvernante parlait des devoirs à remplir, des erreurs à éviter, et conjurait sa chère enfant de scruter étroitement son propre coeur, afin de voir si, depuis qu'elle était entrée dans la vie élégante qu'elle menait, elle n'était pas devenue infidèle à ses devoirs.

Pour la première fois depuis son arrivée sous le toit de Madame d'Aulnay, Antoinette suivit ce salutaire conseil, et à peine avait-elle terminé cet examen de conscience, qu'en face du tribunal de son coeur elle se trouva condamnée.

Etait-elle bien toujours, en effet, cette jeune fille simple et naïve dont les pensées et les plaisirs étaient, quelques semaines auparavant, aussi innocents que les pensées et les plaisirs d'une enfant? Elle dont les longues conversations avec Madame d'Aulnay n'avaient d'autres sujets que la toilette, la mode et les sentiments extravagants; elle qui vivait maintenant dans le cercle d'une vie de gaieté et de plaisirs qui ne lui laissaient pas même le temps de se reconnaître et de réfléchir, était-elle bien toujours ce qu'elle avait été jadis? Quels amusements avaient aujourd'hui remplacé ces agréables promenades, ces utiles lectures, ces devoirs de religion et de charité qu'elle accomplissait jadis à la campagne? Oui, rougis, Antoinette, car la réponse te condamne et t'humilie; la lecture de romans frivoles, de poëmes exagérés, la compagnie d'hommes du grand monde dont les flatteries et la conversation légère avaient fini par ne plus l'affecter: voilà ce qui avait remplacé ses bonnes habitudes d'autrefois.

Pendant que le remords provoqué par ces tristes pensées occupait son esprit, Jeanne vint lui annoncer que le Major Sternfield la demandait au salon.