--Viens ici près du feu, mignonne, dit-elle avec bonté; car tu prendras du froid près de la fenêtre. De plus, il est temps que tu décides comment tu désires être mise ce soir, car il faut que tu paraisses de ton mieux.
La jeune fiancée ne répondit pas, mais l'abattement qui se lisait sur sa figure ordinairement calme et joyeuse indiquait combien ces détails secondaires lui étaient indifférents dans ce moment. Durant la dernière heure, un rude combat, aussi violent que la tempête du dehors qu'elle regardait passer, s'était livré dans son coeur; de meilleures pensées, de bonnes inspirations avaient puissamment lutté contre les raisons qu'elle se donnait pour remplir sa promesse vis-à-vis de Sternfield. La lutte n'était pas encore achevée; car Madame d'Aulnay justement alarmée de sa pâleur et du silence qu'elle observait, ayant répété ce qu'elle venait de dire, Antoinette s'écria:
--Lucille, je ne puis, je n'ose pas m'aventurer dans ce sentier fatal. Ce serait une union maudite de Dieu et des hommes.
--Juste ciel, enfant! s'écria Lucille presque avec impatience: que rêves tu donc là? Il est cinq heures; le ministre et ton fiancé doivent arriver dans deux heures, et tu n'es pas encore prête!
Madame d'Aulnay se laissa tomber sur une chaise, en proie au plus grand étonnement et à la plus vive indignation. Les destinées d'Antoinette de Mirecourt étaient en ce moment dans la balance. Un mot de bon avis, un regard d'encouragement lui auraient donné la force nécessaire pour s'éloigner du précipice au bord duquel elle se trouvait. Mais, hélas! ce mot ne fut pas prononcé, ce regard ne fut pas donné. Au contraire, sa compagne s'écria:
--Es-tu insensée, Antoinette? es-tu tout-à-fait insensée? Ton consentement accordé! ta promesse donnée! ton fiancé et le ministre qui sont déjà en route...!
--Mais, mon père! Lucille, mon père! interrompit la malheureuse jeune fille, dont la pâleur était devenue mortelle.
--Ne me parles pas de ton père! répliqua, vivement Madame d'Aulnay dont l'impatience avait dégénéré en colère. Le mal, si mal il y a, sera entièrement son fait. Car quel droit a-t-il de te donner à Louis Beauchesne, comme si tu étais une propriété dont il voudrait; se débarrasser. Décides maintenant, et pour toujours, entre le mari qu'il te destine et celui-que ton coeur chérit. Oui, choisis entre Louis Beauchesne et Audley Sternfield!----
Mais je perds du temps en paroles inutiles, ma cousine, continua-t-elle en adoucissant sa voix. Ton choix est déjà fait, quoique ton coeur opiniâtre se refuse à l'avouer. Je vois que je vais être obligée de faire ta toilette; j'en rends grâce au ciel, car je suis déterminée à ce qu'Audley soit fier de toi.