--Je vais aller le chercher, cher oncle, dit Madame d'Aulnay en se levant précipitamment, car sa fine oreille venait d'entendre le bruit de la porte d'entrée qu'on ouvrait.
Elle sortit, et, au lieu de se rendre à la Bibliothèque où était son mari, elle descendit l'escalier d'un pas rapide. Il était temps, car Sternfield était en ce moment même dans le corridor, se débarrassant de son par-dessus et se préparant à entrer dans le salon: Jeanne n'ayant reçu aucun ordre pour lui faire rebrousser chemin.
Madame d'Aulnay entraîna vivement le militaire dans une petite anti chambre, et lui fit part en peu de mots de la scène orageuse qui venait d'avoir lieu. Les joues rouges et les sourcils froncés du Major dirent assez éloquemment la suprême contrariété que lui causait ce récit; mais si son amie eût été aussi bonne observatrice qu'elle l'était d'ordinaire, elle se serait aperçue qu'à la mention de la menace que M. de Mirecourt avait faite à sa fille de la déshériter, ses traits s'étaient animés davantage et ses yeux avaient lancé des éclairs.
--Pouvez vous me dire, demanda-t-il avec colère, combien de temps ce vieux tyran doit rester ici? Car, quant à voir ma femme, je le dois et je la verrai.
--Chut! point de bruit! ne parlez pas aussi fort. Je crois qu'il partira demain matin: jusqu'à son départ, vous ne devez pas vous montrer en sa présence. N'ayez pas d'impatience, car, croyez-moi, notre pénitence sera encore plus forte que la vôtre.
Puis, congédiant Sternfield après lui avoir donné une amicale poignée de main, elle se rendit à la Bibliothèque où elle trouva son mari, ainsi qu'elle s'y attendait. Elle lui fit immédiatement part de la scène qui s'était passée dans le salon, blâma en des termes peu mesurés la dureté de M. de Mirecourt et conjura M. d'Aulnay d'employer toute son influence pour induire ce père sauvage à laisser Antoinette avec eux encore quelques semaines de plus.
--Crois-moi, cher André, ajouta-t-elle avec beaucoup d'onction, la pauvre Antoinette sera disputée et persécutée à en mourir si elle s'en retourne maintenant avec son père qui est encore sous l'effet d'une irritation extraordinaire. Demandes donc comme une faveur personnelle la prolongation de son séjour ici, et si tu y mets un peu de bonne volonté, mon oncle ne te refusera certainement pas cela.
--Eh! bien oui, je vais faire ce que tu me demandes, Lucille, car j'aime réellement cette petite fille; mais je ne puis m'empêcher de croire qu'elle serait infiniment mieux chez elle qu'au milieu de ces flirtations et de ces coquetteries avec les militaires que vous affectionnez tant toutes les deux.
XV.
La rencontre de M. d'Aulnay avec son parent fut très-cordiale: ils étaient amis intimes depuis leur plus tendre jeunesse, et quoique différents de caractère sur plusieurs points, ils étaient également honorables et pleins de coeur.