Et elle s'éloigna.
--Adieu, chère Antoinette! dit Sternfield en pressant sa jeune femme sur son coeur. Pardonne-moi et oublies la peine que je t'ai si cruellement infligée ce soir.
Pardonner et oublier! Hélas! la demande était bien facile à faire; mais fut-elle aussi facilement accordée?
L'insomnie d'Antoinette, les oreillers de son lit trempés de larmes, auraient pu répondre à cette question.
XVII.
Quelques jours après, notre jeune héroïne était installée au Manoir, environnée des soins affectueux de son père, des services dévoués de son excellente gouvernante et des attentions amicales de Louis Beauchesne qui,--cela va de soi,--était un visiteur privilégié au Manoir.
Cependant, malgré ce triple mur d'affection qui l'entourait, malgré son retour au calme et à la régularité de cette vie de la campagne qu'elle menait de nouveau, Antoinette conservait toujours l'apparence délicate qu'elle avait contractée durant les quelques semaines de son séjour à Montréal.
M. de Mirecourt, néanmoins, n'en conçut aucune inquiétude, persuadé qu'une quinzaine de jours de repos lui rendrait sa vigueur d'autrefois; mais Madame Gérard était loin de partager son assurance et de se satisfaire aussi facilement. Ce qui l'alarmait plus encore que l'excessive faiblesse d'Antoinette, c'était la mélancolie à laquelle elle se laissait aller et l'indifférence qu'elle manifestait à l'égard de ses douces habitudes d'autrefois: l'accomplissement d'oeuvres de charité et les plaisirs intellectuels auxquels elle se livrait avant sa promenade à la ville. Plus d'une fois elle essaya, par la patience, par la douceur, comme une mère seule aurait pu le faire, de provoquer quelque confidence chez son enfant bien-aimée; mais celle-ci évitait avec terreur toute ouverture à ce sujet. Enfin, s'apercevant que ses tentatives avaient pour résultat invariable de faire Antoinette s'enfermer dans sa chambre, elle renonça à son idée, se contenta d'adresser tous les jours de ferventes prières au Ciel pour qu'il rendît à ce jeune coeur le calme qu'il semblait avoir perdu, et essaya de son mieux de le distraire et de chasser sa tristesse.
Une cause de chagrin et de regrets incessants pour Madame Gérard, était la correspondance régulière qui s'échangeait entre Antoinette et sa cousine Madame d'Aulnay. Ce chagrin était bien fondé, car la réception ou l'envoi d'une lettre était pour sa chère enfant un nouveau sujet de mélancolie ou lui donnait des maux de tête violents. Comme l'inquiétude de la bonne gouvernante se serait accrue, si elle eût su que la moitié de ces lettres qui étaient expédiées sous couvert à Lucille, faisait partie d'une correspondance suivie avec le Major Sternfield!
Un jour, elle se décida à demander, tout en badinant, à voir quelques-unes des lettres en question; mais Antoinette la refusa froidement, disant pour raison qu'elle avait promis à Madame d'Aulnay de ne montrer ses missives à personne. Réellement alarmée, elle voulut s'en plaindre à M. de Mirecourt; mais celui-ci, qui était devenu plus indulgent encore pour sa fille depuis son retour de la ville, répondit avec une certaine impatience, qu'Antoinette ne devait pas être troublée pour des riens, que d'ailleurs elle n'était pas en âge d'être soumise à une inquisition, comme une petite pensionnaire, au sujet de la correspondance qu'elle tenait avec sa cousine.