Après le dîner qui fut très-agréable, M. d'Aulnay demanda la permission de se retirer dans sa Bibliothèque. Madame d'Aulnay et sa cousine se trouvèrent seules.

Lucille, qui était admiratrice passionnée des ouvrages de fantaisie de toutes sortes, apporta à sa cousine quelques échantillons de nouveaux patrons. Pendant qu'elle était à lui montrer les beautés d'un cep de vigne qu'elle avait l'intention de reproduire sur le canevas, un grand coup de marteau frappé à la porte fit tressaillir Antoinette.

--Oui, dit Lucille, c'est le Major Sternfield: c'est sa manière impatiente de frapper.... Mais, mon Dieu! chère enfant! comme tes couleurs ont vite changé! Dis-le moi franchement--et elle scruta encore plus attentivement sa cousine--oui franchement: est-ce l'amour ou la crainte qui te fait tressaillir ainsi?

--Un peu les deux, répondit la jeune fille en s'efforçant de paraître plus gaie.

Avec une figure toute souriante, Audley entra dans la salle.

Attirant sa femme à lui et la pressant sur son coeur:

--Arrivée enfin! ma bien-aimée, dit-il. Oh! que je suis heureux!

En ce moment, se rappelant toutes les pensées peu bienveillantes, tous les amers regrets qui l'avaient affligée depuis leur séparation, Antoinette oublia ses griefs, et, comme une femme peut seule le faire, s'accusa elle-même d'injustice et de dureté. Ah! si Audley s'était toujours montré aussi tendre pour elle, il se serait attaché son affection aussi irrévocablement qu'il avait enchaîné ses destinées.

La soirée se passa rapidement et agréablement, et ce fut bien malgré lui que Sternfield se leva enfin pour partir. Comme il pressait la main de sa femme, ses yeux cherchèrent l'anneau qu'il avait placé dans un de ses doigts; mais il n'y était plus.

--Où est-il?... ton jonc! demanda-t-il en fronçant tout-à-coup ses sourcils.