Antoinette leva l'autre main, dans l'un des doigts de laquelle brillait le petit anneau d'or.

--J'ai coutume de rougir tellement, dit-elle, et je deviens si visiblement mal à l'aise quand quelque regard indiscret se dirige vers ma main, que j'ai cru plus prudent de le changer de doigt.

--C'est assez juste. Et maintenant, une autre question que je me crois permise et à laquelle tu peux, je crois, répondre aussi facilement: Quel est ce M. Louis Beauchesne avec lequel on m'a dit que ma petite Antoinette était dernièrement devenue si intime?

--O ce pauvre Louis! répondit-elle avec une franchise qui fit disparaître, pour un moment du moins, les soupçons de son mari.

--Pourquoi l'appelle-tu pauvre Louis?

--Parce que je l'estime, dit-elle en riant et en rougissant légèrement.

--J'espère que tu ne m'appelleras jamais pauvre Sternfield! répliqua son mari qui, avec sa perspicacité ordinaire, avait deviné que Louis pouvait avoir été autrefois un amoureux d'Antoinette, mais sans espoir.

--Non, non! dit-elle gravement. Vous, vous êtes d'une nature à inspirer plutôt de la crainte que de la pitié.

--Et de l'amour plus qu'autre chose, j'espère! ajouta-t-il.

--Assez de cette conversation à voix basse, interrompit en riant Madame d'Aulnay. J'appelle maintenant votre attention sur un sujet bien plus sérieux que vos affaires privées.