--Faites connaître vos désirs, belle Dame: je tâcherai de les combler.

Et Sternfield s'inclina gracieusement.

--Eh! bien, voici. Je voudrais organiser une promenade à la Longue-Pointe ou à Lachine. La saison est si avancée, que, dans deux semaines, il ne faudra plus songer aux promenades en voiture d'hiver.

--Mais, il me semble que nous avions promis à papa de vivre tranquilles et retirées tant que je serais à la ville, hasarda Antoinette.

--Ainsi faisons-nous et ainsi continuerons-nous de faire, ma très-prude petite cousine: je ne me propose nullement de donner des bals et des soirées, mais simplement de faire une promenade en voiture pour profiter des derniers beaux chemins. Saint Antoine lui-même n'aurait pu se refuser à cela. Prenez ce crayon, Major Sternfield, et écrivez un mémoire de ceux que je désire réunir.

Deux ou trois noms furent écrits sans commentaires; ensuite, Madame d'Aulnay proposa le Colonel Evelyn.

--A quoi cela sert-il de l'inviter, fit remarquer Sternfield: il ne viendra pas; il ne s'est pas rendu à votre invitation la dernière fois.

--N'importe; faites votre devoir, M. le Secrétaire, répondit péremptoirement Madame d'Aulnay. Evelyn doit être invité: il a accepté une fois mon invitation.

--Oui, en cette circonstance mémorable où il a perdu les magnifiques chevaux qu'il avait emmenés d'Angleterre, ce qui n'est certainement pas de nature à nous faire jouir une seconde fois de sa charmante société. Et, d'ailleurs, de quelle utilité vous sera-t-il, maintenant qu'il n'a plus d'équipages?

--Vous êtes absurde, Major Sternfield! répliqua sèchement Lucille. Vous savez aussi bien que moi qu'il s'est récemment procuré une paire des plus magnifiques chevaux canadiens qui soient dans le pays. Vous êtes ou jaloux, ou anxieux de rester le seul cavalier irrésistible de la compagnie.