Et en laissant la chambre pour se rendre dans la sienne il ajouta:

--Je n'ai pas l'intention d'insister sur mes droits.

Il se mit aussitôt en frais d'empaqueter ses effets, ce qui, pour lui, était une affaire bien simple: elle consistait à jeter dans des coffres ses hardes, ses livres, ses brosses, dans l'ordre qu'ils lui tombaient sous la main. Au bout d'une demi-heure il avait terminé sa tâche. Il se rappela alors qu'au commencement de la dernière orageuse entrevue il avait donné sa bourse à Délima. Qu'allait-il faire? Heureusement qu'il possédait quelques piastres qu'il avait mises de côté pour payer un compte de livres de lois récemment achetés et sachant que le libraire l'attendrait, il résolut de s'en servir pour les besoins du moment.

Il regarda sa montre; trois quarts d'heure s'étaient déjà écoulés. Comme il avait dit à sa femme qu'il attendrait une heure, il résolut de ne partir qu'à l'expiration de ce temps. Si elle préférait l'accompagner, il serait satisfait; si elle se décidait à rester, il ne dirait pas un mot pour l'en dissuader. Il regarda encore sa montre: quatre, trois, deux minutes; enfin l'heure était écoulée. Il prenait donc son chapeau, lorsque la porte s'ouvrit lentement et sa femme entra, la figure rouge et les larmes aux yeux.

--Viens-tu avec moi, Délima? lui dit-il.

--Oui!

--Alors habille-toi vitement, car nous n'avons pas de temps à perdre. Je vais aller chercher une carriole.

--Où irons nous? soupira-t-elle, complètement subjuguée en s'affaissant sur une chaise.

--Ne sois donc pas inquiète. Nous pouvons aisément trouver une bonne pension pour le prix que nous payons ici. J'ai en vue une maison paisible et respectable; je vais de suite essayer d'y prendre des arrangements et je reviendrai te chercher. Pendant ce temps-là tu pourras faire ta malle.

En sortant il ne fit point madame Martel, mais il rencontra le bonhomme qui avait reçu instruction de guetter Armand et d'essayer si c'était possible, de l'amener à des sentiments plus doux.