--Quoi! qu'est-ce que ceci. Armand? Vraiment, vous ne pensez pas à nous laisser?

--Oui! M. Martel, et je regrette sensiblement que ce soit dans d'aussi désagréables circonstances.

--Prenez, Armand, quelque temps pour vous décider: ne partez pas immédiatement.

--Rien au monde me ferait rester seulement une nuit de plus.

--Allons, allons! qu'est-ce que veulent dire, plus ou moins, quelques mots un peu vifs? Ma femme est déjà désolée de ce qui s'est passé et consent à faire la paix si vous le voulez bien.

--Je n'ai pas d'objection à cette dernière proposition, car je suis extrêmement fâché de la violence que j'ai déployée pendant la dispute; mais ma résolution est irrévocablement prise: nous partons.

--Et je n'en suis pas non plus surpris, dit Martel en passant traîtreusement à l'ennemi. Vous avez beaucoup souffert, et maintenant que vous avez secoué vos chaînes, je ne m'étonne pas que vous n'ayez plus le désir de les reprendre. Vous avez terriblement épouvanté la bonne femme; mais comme heureusement, vous ne lui avez pas fait de mal, je ne vous en veux pas. Elle dit qu'elle pensait que vous aviez le coeur d'une souris, mais elle trouve maintenant que vous avez celui d'un lion.

--Je décline le compliment si c'en est un qu'on me fait: je me sens honteux d'avoir montré ces exploits de coeur de lion... Mais le temps presse, il faut que je parte. Cependant avant de vous laisser, je dois vous remercier, M. Martel, bien sincèrement et de tout mon coeur, pour toutes les bontés que vous m'avez témoignées durant le temps que j'ai passé sous votre toit.

André toussa.

--Que le bon Dieu vous bénisse, Armand répondit-il avec une émotion visible dans la voix. Depuis le commencement jusqu'à la fin, vous avez agi comme un vrai gentilhomme J'espère que la petite Délima se montrera digne de vous!