--Je vous remercie, je n'ai pas faim! répondit-il simplement.

--Alors vous êtes peut-être de mauvaise humeur? Maman dit que les garçons sont toujours ainsi.

--Mais non, mademoiselle de Beauvoir.

--Vous avez été toute la veillée si triste, si solitaire! Est-ce parce que Victor de Montenay a refusé de vous donner la main?

Le souvenir de cette injure et la pensée qu'elle l'avait remarquée lui firent monter le rouge au front.

--Oui, répondit-il, j'en ai été très peiné, d'autant plus que de Montenay et moi étions de très-bons amis au collège.

--A votre place, je ne le regarderais et ne lui parlerais plus, fit observer avec une certaine pétulance la jeune demoiselle. C'était bien grossier et bien mesquin de la part du cousin Victor d'en agir ainsi!

Singulièrement soulagé par cette sympathie inattendue, Armand sentit sa gêne disparaître peu-à-peu, et il se surprit bientôt à raconter à la jeune fille les détails de ses épreuves et de ses troubles d'écolier, jusqu'à la fameuse lutte qui avait été l'origine de son amitié avec de Montenay. Tandis qu'il s'accusait de l'accès de rage auquel il s'était livré en cette mémorable occasion, Gertrude l'interrompit par des battements de main et en s'écriant avec énergie:

--Bien, très-bien! Vous auriez dû traiter de la même manière tous les autres misérables! C'est un bonheur que je ne sois pas garçon, car je suis si susceptible, que je ne puis pas souffrir patiemment un regard ou un mot grossier, de sorte que j'aurais toujours été en querelle avec mes camarades d'école. Je ne commence jamais, mais aussi je n'excuse jamais une impertinence ou une injustice.

A ce moment de Montenay passait la porte qui donnait sur le balcon.