--Les moqueries non plus, quoiqu'elles n'en soient pas plus agréables pour cela! répliqua l'autre qui commençait à se sentir aigri par la persistante mauvaise humeur de son frère.

--Oh! tu dois passer par-dessus le franc parler, ou la rusticité, comme je pense que tu dois appeler cela, d'un grossier cultivateur comme moi, reprit ironiquement Paul. Je n'ai pas les avantages du vernis de la ville.

--Que veux-tu dire, Paul? Fais connaître toute ta pensée comme un homme; le peux-tu?

--Eh! bien, voici: ici tu es habillé et servi comme un grand seigneur, régalant l'aristocratie, recevant de l'argent je suppose quand il te plaît d'en demander, et qu'est-ce que tu fais pour tout cela? D'un autre côté, moi, sans ces prétentions et ces dépenses, je me lève tous les matins avant cinq heures; je marche toute la journée sur la ferme par tous les temps et tous les chemins, toujours travaillant comme un esclave sous les brûlants rayons du soleil ou à la pluie glacée.

--C'est toi qui l'as voulu; ainsi tu n'as pas besoin de chicaner personne pour cela. Combien haut as-tu proclamé à la sortie du collège, que tu ne serais pas un rongeur de livres, ni un galérien enchaîné à un pupitre moisi, mais que tu choisirais la vie libre et indépendante du cultivateur? Notre père t'aurait volontiers donné une profession, si tu lui avais demandé.

--Non, un de cette vocation dans une famille, c'est assez. Il faut qu'il y en ait un qui cherche le pain et le beurre des autres ou il pourrait arriver qu'ils connaîtraient la faim.

--Ah! ça, mon frère Paul, répondit Armand avec un rire de bonne humeur à travers lequel cependant perçait une ombre d'impatience, notre père Peut encore faire tout cela pendant bien des années comme il l'a fait jusqu'ici. Sois donc honnête comme tu l'étais du temps que nous étions au collège, lorsque tu nous disais que tu préférerais être cultivateur et marcher en grosses bottes à travers les champs et les fossés pleins de boue, que d'être un gouverneur dans son fauteuil d'état.

--Fi! se contenta d'observer Paul en changeant de question; il n'est pas juste de jeter à la face des gens, des choses qu'ils pourraient avoir dites il y a bien des années.

--Mais, Paul, il n'est pas encore trop tard pour revenir de ton premier choix. Lorsque tu seras de retour à la maison, parles à papa. Je sais que tu ne mettras pas de temps à l'emmener à tes désirs, et avant deux mois tu peux être établi étudiant en Droit ou en médecine, ce que tu préféreras le mieux et tu partageras ici avec moi cette chambre qui paraît avoir excité à un si haut degré ton admiration grognonne.

--Je ne vois pas qu'il y ait tant de presse en cette affaire! répondit sèchement Paul. D'ailleurs, le fait d'envoyer tous les mois deux remises d'argent au lieu d'une obligerait peut-être papa à faire une petite étude de voies et moyens sur son numéro un.