--Mais, Paul, c'est une chose que je ne fais pas! répondit l'autre avec ardeur. Je ne néglige pas plus mes études légales que je n'ai négligé celles du collège.
--Oh! tu n'as pas besoin de commencer, à présent, à les vanter! Je suis certain qu'on en a tous assez entendu parler: papa et la tante Françoise m'en ont rendu malade. Mais, changement de propos, voici une lettre de notre père.
En l'ouvrant Armand y trouva une couple de billet de banque.
--Je soupçonne, dit-il, qu'elle contient quelque chose de mieux que de simples conseils.
Pendant qu'il lisait la lettre, en appuyant surtout sur les paroles d'affection qu'elle contenait, Paul était étendu sur sa chaise, dans un accès de mauvaise humeur, les sourcils froncés, et épiant son frère. Il compara, en silence, la coup grossière et hors de mode de son habillement d'étoffe du pays fabriquée à la maison, et qu'il avait fait confectionner avec tant d'orgueil par le tailleur du village, avec les hardes unies mais bien faites qu'Armand portait; il compara aussi sa chevelure luisante, bien peignée, bien brossée, avec la sienne propre qui était rude et ébouriffée; il examina les petits objets de bon genre qui se trouvaient sur la petite table et qui, tout en provoquant ses moqueries, excitaient son déplaisir. Il est pénible de le dire, mais l'esprit d'indigne jalousie qui s'était depuis bien des années concentré dans la poitrine de Paul contre son frère aîné commençait à se mieux accentuer et à se développer sous le nouveau flot de réflexions et de pensées qui le gagnait avec une étonnante rapidité. Ce sentiment de sombre envie avait été activé par la continuelle mention flatteuse qu'un père et une tante extrêmement orgueilleux de ses talents faisaient de lui, par les fréquentes remises d'argent qui lui étaient envoyées, quoique sous ce rapport Paul n'avait aucune raison d'être jaloux, car Durand était strictement impartial dans toutes les affaires d'argent; enfin cette envie fut excitée par la grande différence qu'il voyait pour la première fois, qui existait non-seulement entre lui et son monsieur de frère, mais aussi les amis de ce frère.
Pendant qu'il repliait sa lettre et qu'il la mettait dans son portefeuille de poche, Armand lui demanda:
--Paul, à quoi pense-tu?
--Je pense à l'aise avec lequel tu gagnes ton pain quotidien.
--Tu sais que toutes choses ont un commencement. Comme de raison, je ne puis rien faire à présent; mais lorsque j'aurai subi mon examen et que je serai pour de bon entré en lice, les affaires changeront d'une manière étonnante.
--Les paroles ne coûtent pas cher! dit Paul d'une manière renfrognée.