--Mais père, pourquoi dites-vous cela avec tant de solennité? demanda vivement Armand. Sur quoi s'appuie-t-on pour m'accuser de manquer de persévérance?
--Eh! bien, mon fils, cette idée-là m'est peut-être venue à propos des lettres que tu as envoyées depuis quelque temps à Paul et dont il nous faisait régulièrement la lecture, répondit-il sèchement.
--Mais, est-ce qu'elles contenaient quelque chose de défendu, quelque Chose de mal?
--Voici ce qui en est, mon fils. Tes lettres ne parlaient que joie, fêtes et réjouissances, pendant que tu oubliais ton vieux père qui te fournit l'argent pour te joindre à toutes ces parties de plaisir, ton vieux père étendu malade sur un lit, en proie aux douleurs les plus atroces et au découragement.
Armand se leva à demi mais madame Ratelle qui interprétait bien son air indigné, intervint pr un signe de tête en lui montrant le membre entortillé et la fiole de remèdes qui étaient près de lui.
--Paul, mon frère, il ne faut pas que tu sois trop sévère envers notre garçon. Il est bien difficile pour un jeune homme de vivre dans une ville comme un ermite.
--Mon père, Paul m'a écrit que vous étiez mieux; et il y a quelques semaines, lorsque chagrin et inquiet sur votre santé chancelante, j'ai exprimé le désir de venir vous voir, il m'évrivit sèchement que vous désiriez que je restasse où j'étais afin de ne point perdre mon temps.
--Je lui ai dit cela une fois, c'est par manque de bon coeur que Paul t'a écrit que j'étais mieux. Ah! quel estimable fils! il sera mon bâton de vieillesse! Que serais-je devenu, que seraient devenus la terre et tous nous autres si lui aussi, s'était mis à étudier le Droit ou la médecine! Mon fils est un franc travailleur; industrieux, il se lève de bonne heure et se couche tard; à l'ouvrage depuis le matin jusqu'au soir, il ne va jamais en parties de plaisir, ni en soupers d'huîtres, et il n'a jamais besoin de gants de kid blancs.
A mesure que son père parlait sur ce ton, Armand rougissait de plus en plus, et en dépit des regards suppliants de la tante Françoise, il était sur le point de répliquer lorsque Paul entra. Cependant, malgré cette diversion, les choses n'en allèrent pas mieux. Les doux efforts de la tante Françoise et l'excellent souper qu'elle prépara ne réussirent pas à amener dans le petit cercle plus de cordiale gaieté, ni à faire disparaître l'irritabilité dont les manières de Durand étaient empreintes.
Après que l'on se fût séparé pour la nuit et que les deux frères furent assis ensemble dans la chambre à coucher de Paul, Armand lui dit brusquement: