[77] La valeur de l'once varie chaque jour au Maroc; d'après le tarif officiel de la douane elle vaut actuellement 16 cent. environ.

Au mois de février, il est arrivé d'Italie et de Rome un courrier apportant des lettres dont le poids total était de cinquante-trois robʽs (quarts); ce qui produisit une somme de treize quintaux et quart[78] d'argent. Ce service est entre les mains d'un comte qui s'appelle Conde Yâty; on prétend que le roi le lui a donné pour en vivre; tous les courriers sont sous sa dépendance. Leur usage à cet égard est que le courrier qui se dirige vers un pays emporte toutes les lettres réunies pour cette destination et voyage à marches forcées, sans arrêt ni interruption. Toutes les fois que sa monture est affaiblie ou fatiguée, il la change moyennant un salaire déterminé, dans une des hôtelleries[79] établies sur les routes pour les voyageurs et les courriers, comme nous l'avons dit précédemment. La distance fixée pour le changement de monture est de neuf milles. Le courrier ne peut pas dépasser ce chiffre. Il franchit la moitié du chemin qui conduit au pays vers lequel il se dirige; là, il rencontre le courrier de ce pays, qui arrive; ils échangent les correspondances et chacun d'eux revient à son point de départ. Chaque jour l'on a donc des nouvelles de tous les pays.

[78] Il nous est impossible jusqu'à présent de savoir à quel poids en kilogrammes correspondait ce quintal.

[79] Bayntah, esp. venta.

On emploie à Madrid un moyen autre que les lettres pour donner les nouvelles. Voici ce que c'est: lorsqu'il arrive une nouvelle de pays très éloignés, il y a une maison où se trouve une imprimerie[80] dirigée par un seul homme, qui paye pour cela au roi une redevance fixe, au commencement de chaque année. Toutes les fois qu'il entend une nouvelle ou qu'elle parvient à ses oreilles ou qu'il la découvre, il réunit de toutes ces nouvelles tout ce qu'il peut et, les versant dans le moule, il en imprime un millier de feuilles qu'il vend à un prix modique. Un homme, qui en tient à la main une énorme liasse, crie: «Qui veut acheter les nouvelles de tel et tel pays?» Ceux qui désirent les lire en achètent une feuille. Ils l'appellent la Gazette[81]. On y lit beaucoup de nouvelles; mais elles sont, pour la plupart, exagérées et mensongères dans le but d'exciter la curiosité des gens.

[80] Litt., un moule à écriture.

[81] El gasétah, esp. gazeta.

Par le courrier arrivé d'Italie et de Rome et dont il vient d'être fait mention, on a reçu la nouvelle de la mort du pape qui est à Rome[82], que Dieu l'envoie rejoindre les grands de sa nation! Jusqu'à présent, personne n'a été élu pour le remplacer.

[82] Alexandre VIII, élu pape en 1689, mort en 1691.