Cette lutte religieuse, qui éclata à la fin du XVIe siècle, eut vraiment un caractère national. On vit dans l’union un attentat contre la nation « russe ». On sentait arriver « la perte entière du peuple », la mort de la nation. Pour la première fois dans l’histoire du peuple ukrainien un élan généreux s’empara de toutes les classes, depuis la haute aristocratie jusqu’au petit paysan, une seule aspiration les anima pour atteindre ce but unique : sauver « la religion russe »[10] en tant que patrimoine national.

[10] Il faut bien se garder que l’emploi de ce terme n’amène une confusion. L’idée que l’on se faisait alors en Ukraine de la nationalité et de la religion russes n’impliquait pas plus que Moscou en fût le représentant, qu’elle ne l’impliqua plus tard, au XIXe siècle, en Galicie, où se conserva plus longtemps la vieille terminologie. Dans cette conception, le blanc-russien était encore un russe ou plutôt un russine, mais le moscovite ne l’était plus. On recourait à l’aide de la Moscovie ou de la Moldavie, comme à des pays liés, il est vrai, par une religion et des traditions communes, mais tout de même étrangers. Le profond éloignement des Ukrainiens pour les Moscovites ou Grands-Russes sera manifeste au XVIIe siècle ; mais déjà au XVIe siècle la conscience des Slaves orientaux cherche de nouveaux termes pour les distinguer : on applique le terme de ruthenus aux pays occidentaux et d’Alba Russia aux pays du nord. Au XVIIe siècle réapparaîtra le nom de « Petite Russie ».

Le mouvement intellectuel qui en résulta influença beaucoup la littérature. C’est à cette époque que se place la première renaissance ukrainienne. Pour répondre aux affirmations des polémistes catholiques qui prétendaient que le développement intellectuel de la « Russie » ne saurait avoir lieu que sur les bases de la religion catholique et par l’intermédiaire de la langue latine, les lettrés ukrainiens et blanc-russiens s’efforcèrent de démontrer les aptitudes intellectuelles de leur peuple. Publicistes et hommes politiques insistent sur la nécessité d’organiser l’enseignement supérieur « russe », afin de satisfaire aux besoins des classes élevées et les prévenir d’envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques. L’école et le livre : tel est le mot d’ordre. (Un traité anonyme de Léopol « Perestoroha » insiste surtout sur ce point : il montre que les anciens ont donné à tort tous leurs soins à l’église et n’ont rien fait pour les écoles.) Des mesures effectives sont prises dans ce sens.

L’Ukraine aux XVIe et XVIIe siècles (avant l’insurrection de Chmelnytsky)

— — — frontière entre la Pologne, la Hongrie et la Moldavie.

— · — · — frontière entre la Pologne et le grand-duché de Lithuanie, avant les actes de Lublin (1569).

— ·· — ·· — frontière entre le grand-duché de Lithuanie au XVIe siècle (à partir de 1569 de la Pologne) et la Moscovie.

— ·· — ·· — ligne Romen-Briansk — frontière entre la Pologne et la Moscovie au XVIIe siècle (avant l’insurrection de Chmelnytsky).

· · · · · · · · frontières des provinces :