Comitats hongrois, habités par les Ukrainiens : I. Zemplin, II. Oujhorod, III. Bereg, IV. Marmaros, V. Ugotcha.
A) palatinat Russe ; A1 pays de Kholm, partie du palatinat Russe. B) Palatinat de Belze. C) Palatinat de Podolie. D) Palatinat de Podlassie. E) Palatinat de Beresté. F) Palatinat de Volhynie. G) Palatinat de Braslav. H) Palatinat de Kiev. I) Palatinat de Tchernyhiv. J) Territoire des Zaporogues (Nyz).
Et maintenant la littérature se met à fleurir. Dans les deux camps surgirent des théologiens et des polémistes distingués : chez les orthodoxes : Hérazime Smotritsky, Basile le clerc, Jean de Vychnia, Philalète Bronsky, Stephan Koukol-Zizany, Maxime-Melety Smotritsky ; du côté des uniates : Potiy. Naturellement ces polémiques avaient surtout un caractère théologique, mais elles touchaient aussi à des sujets d’intérêt politique, social et national, puisque la question religieuse était placée au centre de la vie nationale. Dans les œuvres de Jean de Vychnia, le lettré le plus éminent de cette époque, nous trouvons des pages, où passe un souffle patriotique, comme nous n’en avions pas rencontré depuis la chanson d’Igor. Nous y découvrons aussi une immense sympathie pour les masses opprimées, de vrais traits de démocratisme. N’est-ce pas là un précurseur de Chevtchenko ?
C’est le trait caractéristique de ce mouvement littéraire, qu’il veut conquérir toutes les classes de la population, les plus basses aussi bien que les plus hautes. Théologiens et exégètes, prédicateurs et publicistes, tous s’efforcent de rapprocher la vieille langue rituelle de la langue parlée par le peuple, le prototype de l’ukrainien d’aujourd’hui. En fait quelques traités et sermons (ceux d’Hérazime Smotritsky, de Jean de Vychnia, de Potiy et d’autres) s’en rapprochent extrêmement.
A côté de cette littérature écrite, fleurit la poésie profane en langue purement vulgaire, qui malheureusement ne fut pas jugée digne d’être imprimée. Cependant le philologue tchèque contemporain, Jan Blahoslav, nous a conservé dans sa grammaire, achevée en 1571, le texte d’une chanson sur « le Voïvode Stepan » qui nous donne un spécimen de la langue vulgaire parlée à cette époque en Ukraine occidentale, d’ailleurs très voisine de celle d’aujourd’hui. La mémoire populaire a aussi sauvé de l’oubli non seulement des chansons séparées sur certains évènements mais des cycles entiers, qui se sont transmis de bouche en bouche jusqu’à nos jours et dont les particularités de forme nous révèlent l’origine ancienne. Ce sont par exemple les récits chantés des invasions turques ou tartares et les complaintes sur l’esclavage chez les infidèles, qui se rattachent évidemment aux chansons serbes et témoignent aussi qu’elles datent de l’époque où les bardes et improvisateurs serbes étaient très nombreux en Pologne et en Ukraine, c’est-à-dire au XVe et XVIe siècles[11].
[11] Le cadre de ce livre ne nous permettant pas de nous étendre davantage sur ce mouvement littéraire ni sur la poésie ukrainienne de cette époque, nous renvoyons le lecteur qui pourrait s’y intéresser à l’Anthologie et à l’Histoire de la littérature ukrainienne.
XIX.
Les cosaques deviennent les représentants des intérêts nationaux. Les débuts de leur organisation.
La lutte politique engagée par le peuple ukrainien pour la défense de ses intérêts vitaux à la diète de Pologne rendit manifeste qu’il serait bien difficile de faire triompher cette cause sur le terrain parlementaire. Les chances diminuaient tous les jours : la noblesse, qui pouvait seule faire entendre sa voix, diminuait et se polonisait de plus en plus. Sans son appui, les confréries bourgeoises ne se sentaient plus de force à résister. D’ailleurs Léopol, et par conséquent la bourgeoisie ukrainienne qui y résidait, était, en tant que centre commercial, sur le seuil de la décadence.
Le gouvernement ne cessait de poursuivre sa politique d’extermination envers l’église orthodoxe : il ne nommait plus aux fonctions épiscopales que des uniates. Déjà les prêtres manquaient, faute d’évêques pour les ordonner. Une sombre inquiétude s’empara des patriotes ukrainiens.
Dans cette pénible situation, ils tournèrent leurs yeux vers une nouvelle force qui naissait sur les ruines de l’Ukraine orientale. C’étaient les cosaques, qui vers la fin du XVIe siècle avaient déjà acquis une puissance politique et sociale.